"Tous mes amis sont partis, mon cœur a déménagé, mes vacances c'est toujours Paris, mes projets c'est continuer, mes amours c'est inventer". Putain rien que pour cette entame 100% Berger-parle-de-moi, en plein coeur de l'été, ça valait le coup de créer un webzine.

Parenthèse de début d'article : personne n'a expliqué à Michel pour la répétition des "c'est... quelque chose" ? Il s'agit d'une anaphore pauvre. Voilà. Pas comme les prosomasies fortes de Brel. Paf, en plein dans l'cul.

Je commence donc sur les chapeaux de roue cet hommage en mi-teinte à Michel Berger.

Début juin, ça n'avait pas passé le comité de rédaction, mais comme tout le monde est en vacances, je m'en tape, je publie. J'ai craqué le PEL de ma mère pour financer le numéro 4 de PAS, annulé Lacanau, j'ai bien le droit à une petite gourmandise mélomane.

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Parenthèse de modestie chinoise : les surfers de Lacanau devront se contenter de lire Le Monde Diplo pour s'encanailler les frisettes cet été. Je reviendrai plus-belle-plus-brune, les cheveux plein d'algues, l'année prochaine. De toute façon je vois pas ce que j'irai foutre à l'eau, l'année du cheval chinois.

Les soirs de juillet, en pleine diet de raisins hors saison, je m'alourdis l'esprit de retransmissions de reportages sur la vie des chanteurs. Info qui gardera un aspect confidentiel : je ne peux vous communiquer la chaîne, ma télécommande n'ayant plus de pile.

C'est comme ça que j'ai appris que Patrick Bruel-production avait ramené Tic Tic Tac du Brésil et en avait fait un tube planétaire, que Céline Dion avait chanté le soir de la mort de son père et que Julien Clerc avait un grand-père communiste. Big up pour Julien au passage qui a piqué Miu-Miu à Dewaere et convole à 64 ans avec une trentenaire. Je ne laisserai JAMAIS personne dire du mal de l'interprète de Femmes je vous aime.

L'émission sur Berger a commencé comme toutes les autres émissions de célébrités : overdose de réalisme avec la divulgation de son vrai nom, Hamburger (sisi), témoignages des papotiers mange-merdes de Closer, photos de familles jaunies, ... sa folle passion pour les cigales.

Puis, tout à coup, dans le marasme d'un hommage télévisuel sans moyen, une lueur d'émotion, la vraie : l'empathie.

Véronique Sanson le quitte en 1973. Pas le départ galant, post-il sur ordinateur. La disparition violente, sans nouvelle. Le "oups, disparu" de la variétoche. Notre amoureuse se fait castagneuse (c'est de moi). Crack, un album : Coeur brisé. Comme si c'était pas assez d'avoir la tête d'un Braque Hongrois sympa, de porter des pulls de papa et de crier "J'ai besoin d'amour", Michel enchaîne les grosses tuiles : mort de son père, de son meilleur ami.

berger

En 1986, Balavoine (quelqu'un s'intéresse à sa ressemblance avec Mélanchon ?) meurt accidentellement dans un hélicoptère. La douleur est immense (ça, c'est pas de moi). Il écrit la chanson Evidemment, que France Gall interprète dans une inexpressivité post-moderne. Moi, Evidemment, je la croyais écrite pour Rémy Maximin, mon mec de CE2 qui avait redoublé à cause de son catogan. La chanson n'a rien d'une bleuette, les paroles s'adressent à l'ami disparu.

A quoi ça sert de courir partout On garde cette blessure en nous Comme une éclaboussure de boue

Parenthèse de pré-fin d'article qui fait office de note pour moi-même pour plus tard : ce papier va finir dans la rubrique Tu mets tout l'monde mal à l'aise. Faut absolument que je tranche entre rire et émotion.

A la mort de Berger en 1992, les médias saisissent toute l'ironie des paroles d'Une minute de silence du duo Balavoine/Berger. Les deux chanteurs sont les prophètes attendris de leur propre mort (j'envoie CV et pilotes à D8). Avouez quand même que ça fout la chair de poule.

Ce qu'il reste, c'est tout De ces deux cœurs immenses Et de cet amour fou Et fais quand tu y penses En souvenir de nous Une minute de silence

J'aimerais pas être France Gall en paréo dans un bar de plage et entendre ça à la télé de l'étage.

Les copains s'en mêlent et enchaînent les hommages croisés bidons : Cabrel sussurre "j'vais tout casser" en patois, Alain Chanfort en profite pour redéfoncer les basiques de la mode.

Les années 2000 enfantent alors en toute impunité les reprises les plus génocidaires de la chanson française. Lara Fabian (quelqu'un s'inquiète de la tête qu'ont ses enfants avec Fiori ?), Laam, Roch Voisine, Jenifer, Shy'm, Grégoire, Matt Pokora (je sais toujours pas qui c'est, j'ai le droit de le baiser ?), j'ai bien dit Roch Voisine... Tous s'attaquent à Berger.

La vie ne l'a-t-elle pas suffisemment cogné ? Pourquoi faire autant de mal à ce chanteur populaire, jamais vulgaire.

Face à ce type d'interrogations, Berger répondrait lui-même par l'hommage : "Et pourtant il faut vivre".

Rideau.