Il est 21h40 le 31 juillet 1914. Jean Jaurès dîne au "café du croissant", à Paris, au coin de la rue Montmartre, près des Grands Boulevards. Un homme écarte le rideau du café et tire deux balles.

Cent ans après sa mort, Jean Jaurès reste au Panthéon de la mémoire de tous les français.

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Jaurès est né en 1859. Ses parents sont de toute petite bourgeoisie. A 11 ans, il veut être receveur des postes, fonctionnaire, une vraie promotion pour ce fils de pauvres. C'est l'inspecteur Deltour, un des hussards de la République, qui le repère. Il est doué. Il sera reçu premier de sa volée à l'école normale supérieure. Il deviendra professeur de philosophie à Albi, puis à l'université de Toulouse où il donnera des cours.

Elu le plus jeune député de France en octobre 1885, Jaurès est un républicain chevronné. Très tôt, il prend conscience qu'il aime le peuple et qu'il veut le défendre. En 1992, il soutient la grande grève des mineurs de Carmaux. Le 21 novembre 1993, il devient le leader du groupe socialiste qui compte 51 députés parce que "la République contient le socialisme et que ce dernier est l'aboutissement du combat engagé en 1789 pour libérer l'homme."

"Nulle réforme, même de détail, ne peut être accomplie sans une réforme d'ensemble"

Jaurès est pragmatique. Dès avril 1986, il dépose un projet de loi en faveur des retraites ouvrières. Toutes les réformes qui amoindrissent les souffrances lui semblent nécessaires. Mais il rappelle que nulle réforme, même de détail, ne peut être accomplie sans une réforme d'ensemble.

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Jaurès est un combattant, passionnément orienté vers la libération humaine. Pour cela, il milite pour l'unité du socialisme. Il veut lancer un mouvement puissamment unitaire, grouper les forces ouvrières. Il a la conviction qu'il existe, derrière les diverses tendances socialistes, une concordance fondamentale. Il crée donc le journal l'Humanité qui s'ouvre à toutes les forces de progrès.

Jaurès c'est la lucidité, l'intelligence, la force d'impact d'une pensée qui tire toujours vers le haut; qu'elle s'exerce contre l'Eglise qui "ne s'est tournée vers les faibles que le jour où ils ont commencé à être une force"; ou qu'elle s'exerce contre le capitalisme lorsqu'elle dénonce la fortune prélevée sur la misère humaine ou la collusion entre la politique et la finance" qui ont coutume de trinquer ensemble dans les coins".

"L'Eglise ne s'est tournée vers les faibles que le jour où ils ont commencé à être une force"

Il distingue deux sortes de violence : la violence ouverte quand les grévistes n'en peuvent plus; et la violence patronale, sournoise, des conseils d'administration où tout est feutré, où il n'y a aucun bruit , mais d'où sortent les décisions qui affament les ouvriers.

Jaurès annonce dès 1898 la révoltes des colonisés, des opprimés, des peuples sans défense : "toutes ces races dont vous faites vos esclaves, leur inertie ne durera pas toujours". Lors de l'insurrection d'Alger, il évoque "cette terrible moisson qui se lèvera un jour".

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C'est certainement au moment où se prépare la Grande Guerre et le massacre dans les tranchées que sa pensée se fait la plus incisive. Il montrera sans cesse, malgré les attaques sordides menées à son encontre, que cette guerre n'est motivée que par des volontés de domination impérialiste, l'appât de gains financiers, la conquête de territoires. Il dénoncera sans relâche jusqu'à sa mort cette Europe des chancelleries, monarchique et bourgeoise, forcenée, naïve et sanglante. "Il est horrible, écrivait-il, de penser que c'est une coterie infime qui va déclencher l'irréparable".

L'humanité profonde, exigeante, de sa pensée, est ce que nous retenons de Jaurès, qu'il s'agisse de la question sociale, de la peine de mort ou des relations internationales. Il a dessiné pour nous les chemins à venir pour rechercher la paix dans le monde, pour que cesse le fracas des bombes qui tuent dans leur lit et dans les écoles les enfants en Palestine ou ailleurs. Pour que, partout, les conditions qui produisent la guerre soient combattues. Longue est la route qui mène à la justice sociale et à l'égalité entre les hommes. Le combat de Jean Jaurès doit nous éclairer.

Par Anne de Saint-Banquat