Miss Elvis, célèbre bruxelloise au minois légendaire des Flandres (de son vrai nom Marie-Rose), livre corps et âme à son idole Elvis Presley depuis plus de 35 ans. Sa maison a même été baptisée "le Musée Elvis."

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Près de la prison Saint-Gilles à Bruxelles, je cherchais l'adresse que des mecs qui connaissaient Miss Elvis m'avait refilée. Je pensais qu'ils s'étaient payés une tranche de mon cake, quand j'ai pilé net sur la maison aux fenêtres engluées de photos d'Elvis. J'ai sonné à l'interphone. Un homme au fort accent belge m'a répondu. Je me suis présentée, excusée d'arriver comme un cheveu sur le pistou, lui ai demandé si je pouvais les rencontrer quand même. Il a écarté le combiné, a appelé Marie-Rose en criant "Des gens pour toi !" Une poignée de secondes après : la voix empressée de Miss Elvis au bout du fil assurait être en-chan-tée à l'idée de me recevoir.

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Coquette et ultra-dynamique, elle vient m'ouvrir la porte, m'accueille dans "l'entrée de l'immeuble privatisée pour Elvis", en accord avec le propriétaire. Marie-Rose et son époux Albert vivent un peu à l'étroit dans leur petit deux-chambres en rez-de-chaussée. Ils ont toujours vécu dans cette rue. Ils n'ont jamais décollé, sinon de plusieurs mètres. Avant, ils habitaient dans un appartement quelques maisons plus haut.

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Marie-Rose me parle de comment tout a commencé, comment elle s'est passionnée pour Elvis Presley, et de l'intimité de cet amour vieux de quatre décennies. Long comme l'idylle avec son mari. Elle pense à son père quand ses yeux rencontrent un des portraits d'Elvis qui tapissent les murs. C'est lui qui lui a appris à danser sur les premiers morceaux du King. Il était grand son père, il avait de la présence, une carrure, une classe, un genre, une gueule. Comme Elvis. Une crise cardiaque l'a emporté quand elle avait 12 ans.

Marie-Rose dit qu'elle a ça de funeste en commun avec la fille d'Elvis, Lisa-Marie, qui a perdu son père de la même manière, quand elle avait 9 ans. Elle a râpé tous les maxis 45 tours d'Elvis, a suivi les films, les clips, et rêvé comme beaucoup d'autres sur Unchained Melody.

C'est une ancienne collègue de Marie-Rose qui lui a offert le premier élément de son impressionnante collection : un moulin à poivre recouvert de photos extraites des films d'Elvis, façon pellicule de cinéma.

Marie-Rose a commencé à chiner, à recevoir d'autres cadeaux de ses amis, d'inconnus qui ont entendu parler d'elle, de journalistes, d'artistes ou d'étudiants en art (à qui Marie-Rose file toujours un coup de main quand elle le peut).

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Le seul cadeau qu'elle a du mal à digérer, c'est une photo dédicacée par Priscilla Beaulieu, l'ex-femme scientologue d'Elvis, que Marie-Rose respecte un peu, sans trop réussir à l'encadrer. Elle garde le portrait dans un coin, reconnaissante de l'attention d'une amie qui a surement galéré pour l'avoir, mais à contre coeur.

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La perfide et vénale Priscilla s'coltine une sale réput' faut dire. Elle aurait forcé la main de Presley et son père, futur beau-père d'Elvis, apparemment intéressé, lui aurait serré la corde au cou. Profitant du nom de Presley, qui lui valu notamment un rôle dans Dallas, Priscilla se la joue "veuve d'Elvis" après leur divorce et batifole dans les draps de plusieurs types, plus ou moins connus. Hors-mariage donc, ce qui ne plait pas à Marie-Rose.

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Pour ce qui est de la danse, il y a longtemps, ils enflammaient le parquet avec Albert, sur les sons de leur idole qui les a aussi réuni. Aujourd'hui, ce n'est plus possible, quand le corps vous lâche.
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Marie-Rose passe encore de temps-en-temps ses robes pour rigoler, mais elle a rangé le plus gros à la cave avec les blousons américains d'Albert qui prenaient une place folle ici, et qu'elle a promis de me montrer une prochaine fois. Disposés ou accrochés, les souvenirs de la vie du couple se mêlent harmonieusement à la déco. Marie-Rose et Albert, à tous les âges, fringants, toujours raides-dingues de l'autre, invités à dîner, apprêtés pour la danse ou le dimanche, posant pour des journalistes ou des photographes dans leur intérieur, aux côtés de leurs enfants, de leurs potes et, toujours équipés par Elvis. Marie-Rose attire mon regard vers une photo d'elle et sa fille... Rose-Marie. Marie-Rose m'apprend alors que cette Rose-Marie est une aussi grande fan, mais de Claude François.

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Le couple a renouvelé ses voeux, pour ses noces d'or devant un faux Elvis tout droit débarqué de Memphis. Cet Elvis mariait les gens à la chaîne mais pour eux, parce que Marie-Rose a été sacrée Miss Elvis, il a fait durer la cérémonie.

Elle n'avait jamais ressenti ça, c'était beaucoup plus fort que la première fois, il y a quarante ans, quand ils ont échangé leurs alliances. Ils n'avaient rien à regretter, ils auraient tout refait pareil et ont fidélisé à jamais leur "oui". Son mari est aussi fan d'Elvis. "Et heu-reu-s'ment", dit Marie-Rose, tout bas. "Parce que s'il n'y a qu'un fan sur les deux, ça peut causer de gros problèmes dans le couple, vous voyez". Marie-Rose assure qu'entre eux ce n'est pas du tout du tout du tout le cas. Leur passion amidonnée par leur amour fait leur force. Et puis ils aiment aussi les chats, et puis Albert aime aussi d'autres personnalités, des acteurs, et les indiens, parce qu'une des arrières-grands-mères de la mère d'Elvis était Cherokee. Marie-Rose lui laisse donc de la place sur les murs et sur les meubles pour ses autres collections.

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Marie-Rose a commencé par la petite pièce dans le fond de l'appartement. Elle y a installé un petit autel où elle se recueille devant une jolie fontaine surplombée d'anges souriants et de papillons effervescents. Les années ont passé. Elvis a pris ses quartiers. Il partage inéquitablement l'espace avec les trois chats du couple. Le dernier matou en date se fait gratouiller le bide par Albert, assis dans le seul fauteuil dégagé du salon, vêtu de sa réplique de la ceinture d'Elvis pesant 50kg, devant l'Agence tous risques.

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Elvis, ou pour le moins son esprit, est partout, sur tout : tasse à café, couvre-lit, sac, limonadier, magnet, assiette en porcelaine, paravent, puzzle, horloge, téléphone, porte-clés, boîte à musique, thermomètre, peluche, désodorisant voiture, casquette, tapis, boule à neige, miroir, coussin,…

Les plus belles pièces : la réplique du peignoir d'Elvis avec sa signature brodée. Le mini perfecto en cuir noir. Le téléphone, cassé par les petits-enfants, qui danse et qui chante quand il reçoit un appel. Et le must : un calque avec le portrait d'Elvis, accroché sur la vitre de la porte de la salle de bain. Il s'anime quand on prend sa douche et que la lumière de la cuisine est éteinte. On a alors l'impression qu'Elvis est là. Marie-Rose aime aussi reconstituer des ambiances de films ou des chansons d'Elvis, en miniature, avec des poupées dont elle débusque les costumes elle-même. Marie-Rose collectionne également les bibelots de bébés, de lutins, de fées, de papas Noël, de chats, et aussi, les bustes pharaoniques, les assiettes en porcelaine décoratives... et elle adore les fleurs.

Le grand rêve de Marie-Rose c'est d'aller à Graceland pour se recueillir sur la tombe d'Elvis. La maison de Graceland est ouverte au public depuis 1982. On peut en visiter une partie mais pas sa chambre, ni la salle de bain où la mort est venue le trouver. Dans le jardin, le King repose sous des nuées et des nuées de présents et de fleurs.

Depuis quarante ans, Marie-Rose avance avec cette idée en tête : prendre l'avion pour la première fois de sa vie, direction Memphis. Le maigre salaire d'une femme d'ouvrage, les enfants qui grandissent, les dépenses diagonales à assumer, les caprices de la chair qui se relâche, la retraite à raz les pâquerettes... Marie-Rose n'a jamais réussi à mettre suffisamment de côté pour visiter Graceland. Depuis des années, son musée à domicile se remplit de cadeaux, de pensées d'amis, de la famille et d'inconnus qui lui envoient des photos ou des objets de là-bas.

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Les railleries sont nombreuses, les moqueries font légions. Les hypocrites grattent à sa porte de jour comme de nuit.

Voilà qu'un beau matin, un journaliste de RTL s'est ramené chez Marie-Rose. Elle l'a foutu dehors avec un monumental coup de pied belge au cul, quand il lui a sorti qu'elle devrait vendre ses "merdes" pour aller dans "son Graceland." Connard.

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Pour ce rêve de voyage, une tirelire éléphant pop art, posée sur le bahut de l'entrée, accueille volontiers les dons. Dans la cuisine, cinq ou six pots de confiture sont remplis de pièces jaunes, attendant patiemment d'être transformés en billet volant cartonné pour l'Amérique.

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La rédac de P.A.S aimerait filer un coup d'pouce à Marie-Rose pour qu'elle réalise son grand kiff à Memphis !

Elle pourrait partir en aout 2014 avec un groupe de fans, à Graceland. (Albert n'est pas motivé parce qu'il doit surveiller les chats.) Pour cela, nous devons recueillir la somme de 3.600€ alors, à bon entendeur, rendez-vous ici sur Leetchi, site de co-founding, pour nous aider à l'envoyer là-bas !