Dov Charney remercié

American Apparel pleurniche encore sur ses baisses de bénéfices ; la tête de son fondateur traîne désormais dans une boue sanguinolente au pied de la guillotine libérale suite à des accusations d'harcèlement sexuel. Le degré de politiquement incorrect acceptable en matière de souillure publicitaire est atteint, le pathos s'est essoufflé autour des sans-papiers reconduits à la frontière ; la consommation comme arbitre n'admet pas la stagnation légitimée par le narcissisme philosophique à la Sartre. Comme l'on s'en sert en politique depuis Eleanor Roosevelt, American Apparel mise sur l'image d'une femme à la tête du nouveau conseil, Colleen Brown, pour tenter de pacifier et relancer la marque.

Source : Francetvinfo
Source : Francetvinfo

"Les noirs sont des esclaves et mangent la saleté à même le sol"

C'est la punchline lâchée par le manager d'une boutique Vuitton de Londres à l'un de ses vendeurs d'origine africaine, lorsque ce dernier emballait une paire de chaussures pour un client. L'information est, de grâce, omise dans la presse féminine, la presse spécialisée et dans la plupart des grands médias ; LVMH reste le principal annonceur de tous ces supports et a déjà montré son intransigeance lorsque les parutions presse ne sont pas assez nombreuses. La marque a présenté des excuses, promis de combattre les injustices et la haine raciale car l'ébène plaît, bla bla bla ;  routine du colonialisme que Campbell peut se permettre de critiquer.

Mattel x Barbie x Karl

A un certain niveau de notoriété, échelle graduée de la tyrannie, le narcissisme s'administre en vertu ; les tenanciers de la pop culture empruntent alors formes et symboles éventrés, puis privés de sens, à l'avant-gardisme assassiné. Ça, Karl en profite allégrement, au sommet de ses quatre-vingt printemps ; pour cet automne il prête son image à Barbie. Un nihiliste-sans-plan-B ne manquera jamais de rappeler à un Lagerfeld que si monarques et hommes d’État sont adulés, ce n'est pas tant pour l'amour qu'ils transpirent mais plutôt pour la crainte qu'ils inspirent, avec le mythe de leur force écrasante, leur façon de permuter valeurs et définitions, leur volonté suffisante de soumettre les autres à une morale du chaos et de la violence.

Source : Arizona foot hills magazine
Source : Arizona foot hills magazine

Absence de crise en mère patrie

Les cinq cent plus grandes entreprises françaises se portent très bien. Remercions la délocalisation, la défiscalisation, les évasions fiscales, les "portiers", la communication, les neurosciences, la pêche aux gros (marchés) et puis tout ce qu'on ne sait pas encore. Le trio de tête, inchangé depuis 2012, arbore fièrement la cocarde tricolore : Bernard Arnault (LVMH), Liliane Bettencourt (L'Oréal) et Gérard Mulliez (Auchan) que les plaintes font rire.

La Coupe du monde monogrammée

Bien que les photographes fassent leur Oudini pour réduire les écarts, en mettant une demi-tête à Puyol qui lui collait au train, Gisèle Bündchen a apporté le trophée de la Coupe du monde précieusement rangé dans une mallette-écrin Louis Vuitton ; minute papillon ! c'est bien légitime : LVMH NUMBER ONE ! Quand la corruption et le despotisme sont indispensables à un bon spectacle, un mannequin brésilien fait bien de participer à la fumisterie. En détruisant toute possibilité - pour un soupçon d'attention - de se pencher sur la nuance du doré de la coupe, passionnés et spectateurs tolèrent ainsi que la coupe remise aux vainqueurs reste une fragile copie depuis 1974.

Amérique, mon amour

Si les flux américains ont largement fait "renaître" la mode française après la seconde guerre (comme après la première) en poussant la Haute Couture dans son cercueil brodé (comme on fait avec mémé) après un règne dictatorial de cent ans initié par Worth, le bâillement économique permet à l'influence Américaine d'appuyer ses stratégies à l’œuvre depuis plus d'un siècle sur l'échiquier modesque. Derrière les bons sentiments et la publicité pour les savoir-faire français, l'exposition Les années 50. La mode en France en 1947-1957 au Musée Galliera, notamment et "heureusement" financé par l'éditeur américain Condé Nast (Vogue, Vanity Fair, Glamour, etc.), fait tout en discrétion l'apologie de cette influence stylistique, industrielle et politique, venue des Etats-Unis qui redéfinissait à cette époque la nouvelle donne de l'industrie de la mode.

Eileen Ford au Panthéon de l'âge moderne

Eileen Ford, fondatrice de la célèbre agence de mannequins Ford, s'est éteinte le 9 juillet à New York ; précurseuse, Ford prend une digne place dans la mémoire collective et l'économie du libéralisme, les effets sociaux et psychologiques d'un tel succès et du développement du phénomène model détonnent. L'activité peu respectable et timidement reconnue comme profession devient en 1946 symbole de pouvoir et d'influence, à mesure de la segmentation des marchés, de concert avec "l'individualisation" psychiatrique.

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Mort de l'avant-gardisme : nouvel acte

Lanvin, Vionnet, Chanel, ont puisé leur force de création et leurs récits dans leur jeunesse malheureuse ; ces styles devenus des repères sociaux, historiques et artistiques ont bravé l'autorité en rigueur, accompagné les changements métaphysiques des démocraties européennes ; comme Poiret ou Worth avant elles, comme l'aristocratie qui créa le système de la mode moderne avant eux. Dans Dazed, Anna Wintour légitime la mort de l'avant-gardisme, au cas où les petits nouveaux auraient toujours des idéaux. Madame donne quelques conseils pour se complaire dans la précarité : travailler pour les autres, ne pas créer sa ligne ou un nouveau style, s'écraser devant les grandes maisons et leurs défilés spectaculaires et ne pas être timide ; soit, le règlement interne pour des "hermaphrodites incestueux" habitués à avoir leur vaseline en poche.