Artiste : J. Mascis Album : Tied To A Star Label : Sub Pop

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Jay Mascis est un être à part, souvent caché derrière un mutisme et une placidité proche de l'Asperger. Cet espèce de Saroumane hipster nous donne depuis 1984 un cours magistral de rock indépendant, que ce soit en solo, ou avec Dinosaur Jr, son groupe principal, hydre à deux têtes pensantes (avec le non moins talentueux Lou Barlow, son meilleur ennemi).

Saroumane hipster disais-je, mais si, y a quelque chose allez...

J-Saruman

Tied To A Star son troisième album solo, se situe sur le tiret du folk-rock, pile au milieu. L'équilibre, parfait, rend cet album particulier.

Pas dénué de velléités électriques, mais éloigné des lignes à haute-tension, il recrée une énergie solaire et renouvelable à souhait tant les 10 fusibles composant l'album sont addictifs.

Une musique terrienne, naturelle, pas écologique (du point de vue des extrémistes verdâtres à cervelles brocolisantes), mais plutôt onirico-environnementale comme l'illustre parfaitement la somptueuse pochette de l'artiste Marq Spusta. Les deux hommes avaient déjà collaboré pour son précédent album solo.

Ladite pochette :
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Celle-ci, plus sombre, signant le caractère mélancolique et ombrageux de l'album précédent :
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Les guitares électro-acoustiques se font sucrées, puis amères, tout en restant constamment bercées par la voix plaintive mais pas geignarde de Mascis. Le dinosaure nous livre avec tendresse ses peurs et ses regrets.
Lorsqu'il se tait, les solos (soli c'est moche, je l'écrirai pas, j'm'en fous, c'est pas la dictée de Pivot), se révèlent complexes mais vaporeux et introspectifs, avec des sonorités tantôt orientales, tantôt purement ancrées dans l'Amérique profonde. Solos (mais merdeuh....) qui viennent clore les (d)ébats à point nommé.
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Sur la plage numéro 4, Wide Awake, une rencontre opportune intervient également avec le concours de Cat Power, comme une évidence tant les deux artistes, si proches artistiquement, se complètent pour ciseler ce qui deviendra le sommet de l'album, tout en douceur et retenue souffreteuse.
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Une mention spéciale également au titre Come Down et son arpège aussi entêtant que réjouissant.
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Cette propension à mettre le feu sans artifice à ses ritournelles laisse pantois. Côté voix, on pense beaucoup à Thurston Moore pour les intonations mais surtout à Neil Young et sa capacité à caresser son spleen dans le sens du poil, à le décomplexer pour mieux pouvoir l'appréhender, le supporter.

"Côté voix, on pense à Neil Young et sa capacité à caresser son spleen dans le sens du poil"

L'emphase des guitares et leur originalité nous ramènent à des artistes plus pointus, comme Rodrigo & Gabriela pour le côté virtuose, mais aussi Anywhere, le jouet de Cedric Blixler Zavalla (At the drive-in) et de Christian Eric Beaulieu (Triclops), pour le côté recherche tribale.

A 58 ans, Mr Mascis est toujours tourmenté comme un adolescent qui trouve que la vie c'est moche comme une paire de lunettes trop grande, mais il demeure sage tel un vénérable musicien sur lequel les modes glissent comme des pellicules sur des cheveux raides. Il sent que sa musique lui survivra et on lui donne raison.

Clip du single Every Morning où Jay s'en paye une bonne en s'improvisant gourou :