Si on regarde Les combattants avec des yeux d'adultes pressés, on ne verra que deux jeunes marginaux qui jouent à Robinson Crusoé. Si on aborde le film avec la pudeur du renard, on mouillera devant la scène de moto sous l'orage et celle du maquillage camouflage. On se souviendra de l'adolescence : les peaux laiteuses, l'odeur suave de l'été, la furieuse quête de sens.

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Par « pudeur du renard » comprenez l'animalité poétique qui se terre en nous. C'est une animalité qui prend forme non pas lorsque nous sautons sur nos proies comme des sauvages mais, au contraire, lorsque nous guettons patiemment, lorsque nous prenons le temps d'observer, d'attendre, d'apprivoiser l'autre. L'attente décuple le désir, intensifie le vert des forêts. La morsure du renard devient douce.

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Madeleine est plus à l'aise sous l'eau avec des briques dans le sac à dos que sur le dance floor. Madeleine, c'est l'essentiel. Le minimal. L'origine et la fin du monde. Elle économise les mots, les caresses. Elle est en mode survie, ouvre les bières avec les dents, siffle comme une taularde. Il faut que ça gratte, que ça pèse, que ça fasse transpirer, sinon c'est de la merde. Sinon on s'ennuie. Putain mais oui qu'est-ce qu'on s'ennuie, pense-t-elle trop haut, même l'armée a un goût de glucose, vivement la fin (« - Quelle fin ? - Bah la fin. ») au moins ce sera mouvementé, au moins nos corps musclés et notre discipline serviront à quelque chose.

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Arnaud a le front masculin et la bouche tendre. Ses mains travaillent le bois avec délicatesse. Rien qu'à la couleur de ses cheveux, on devine le renard en lui. Arnaud comprend que les regards et gestes de Madeleine ne sont pas durs : ils sont francs. Vrais. Vivants. Ils sont lumières et tétons qui pointent. De solides repères en cette période de deuil et de crise. L'été de la mort du père sera aussi l'été de l'amour primitif.

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Le film sort des sentiers battus. Les héros finissent plein de sable et de cendres. Ils restent canons sur la bande-son du collectif Hit'n Run. Le réalisateur Thomas Cailley a réussi le casting. Petit bijou fauve de la rentrée, ingénu et vivifiant.

Par Elise Bonnard