Par VQ

Au stupre caractéristique des producteurs électroniques français contemporains, Rubin Steiner oppose un sérieux vice. Si l’on devait différencier deux publics, on serait tenté de dire qu’il y a bien un électro pour enfants et un électro d’adultes. Rubin Steiner fait partie de cette dernière frange. A l’amorce de cette nouvelle livraison promettant (encore une fois) le discret Tourangeau au panthéon des génies français, on ne s’imagine pas un seul moment trouver un lien entre Discipline in Anarchy et notre vaillant Ministre du Redressement du Made in France.

Et pourtant, cette qualité qui est la nôtre et que Fred Landier transcende dès les trois premiers morceaux, c’est celle de la synthèse. Capable de fusionner une froide rigueur à la Benz Benz Benz (le très Kraftworked Stripes & Wolves) à une balade instrumentale disco-punk saluant sans détour la clôture de l’ère LCD Soundsystem (Noise Beats), il produit également ce que Lescop a dû commander à David Sitek : soit une ritournelle électrique conjuguant l’élégance de l’électro-pop à la française et la tension d’un dancefloor anglo-saxon.

Justement, ce qui n’a pas quitté Rubin Steiner depuis 4 albums, c’est une volonté manifeste de faire danser.

Jusqu’aux concerts plus punk donnés avec French Cowboy où il se livre avec un plaisir non feint à un solo de clôture 100% électro, Rubin Steiner libère une énergie rare dans la musique française.

Moins rock, moins brouilleur brouillon qu’avant, Rubin Steiner reste libre mais engagé. Lié à notre souffle, il s’est attaché à le couper pendant 50 minutes. Affranchi de la nécessaire expression geek d’une culture musicale trop forte et trop pointue, Steiner fait naître une autre forme de radicalité, celle de l’auteur d’un indispensable manifeste.