Couscous ! Ca sent le rance, non ? Les vacances de Noël, cette année, pas terrible. Je le sens gros comme une bûche de châtaigne. Pas à cause du PIB qui fuit du cul. Pas à cause de ma belle-mère qui pourrait être ma soeur. A cause du mariage de mon ex.

Ce fils de gland se marie. On s'est tenu la main mièvrement près du ravin pendant des années, et là, tout à coup, je débaroule toute seule. Avec sa conne de barbe d'empaffé des années 2010, il en épouse une autre. Je parie qu'elle va me piquer mon idée de mettre des fleurs dans les cheveux ! "Tu savais pas ? Putain mais il nous laisse vraiment faire tout le sale boulot", a décrété une amie compatissante qui siège à l'ONU. Elle est terrible parce qu'elle produit des phrases à double effet cisaillant qui te mettent carpette et te forcent à t'excuser.

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Je vous ai dit que c'était un fils de gland l'homme de ma vie ?

Heureusement que vous êtes là vous, que je sais que vous m'aimez et qu'on va faire de grandes choses quand on sera grands. Sinon, ça pourrait vite virer pyjama pilou-pilou, masque à l'argile périmé et Céline Dion en aléatoire.

Céline Dion, elle est née pour aider les femmes de trente ans brisées. C'est notre Marianne. Moi qui lui ai uriné dessus pendant dix ans, lui préférant sans modestie les Barbara, Bashung et autres canailles pseudo-intellos, je lui voue aujourd'hui une admiration sans bornes. Céline c'est celle qui dit "on n'est pas des tendres par ici", à un tracteur qui laboure son champ. C'est celle qui dit "chez moi les loups sont à nos portes", sans tomber le perfecto. C'est cette femme sublime ménopausée qui pense que les marabouts les princes et les valets existent.

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Maintenant que mes enfants n'ont plus le faciès danois mais un trou noir à la place, (ou alors le visage de Tory Spelling les soirs de pluie), je me suis mise à parler à mes ovaires. La nuit, surtout. Je les coache pour qu'ils aillent toujours plus loin, toujours plus haut. Faudrait pas qu'ils se fassent embarquer par un routier et qu'ils me laissent en galère avec mon F1 et mes plaids tartans.

Sérieusement, je devrais faire comme Serge le lama et tout plaquer. Prendre l'A6 et recommencer. Une histoire si longue ça se tue pas sur place, vous croyez quoi ? Il faut que la route m'exorcise. La route et les guimauves à la vanille de chez Bettan.

Il parait qu'il y a cinq phases dans le deuil. Le déni, la colère, … Ceux qui les énumèrent avec délectation n'ont jamais perdu quelqu'un. Ils crânent de pouvoir conceptualiser le vide. Je préfère donner un coup de sabot aux dites phases du deuil, comme le ferait merveilleusement Céline, et en arriver directement au moment où l'on chevauche un polytechnicien en reconversion dans la boulangerie.

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J'ai un pote coureur de légumes bio - Paul - qui m'a conseillé de faire une cure de jus de pomme pour me laver de mes calculs et pour bien recommencer ma vie. J'ai dit que j'avais pas de calcul, que mon père en avait eu, mais à cinquante cinq ans, et après l'épisode chelou de sa goutte au pied. Il m'a dit que j'avais des calculs mais que je l'ignorais, comme tout le monde. A chaque fois que je discute avec des chantres du well being, je me découvre une nouvelle maladie. Si les écolos étaient moins regardants, ils feraient carton plein au côté des pharmaciens.

Donc Paul m'explique que c'est un régime très simple : quatre jours de jus de pomme avec une alimentation saine, beaucoup boire, surveiller aux toilettes. Parfois, l'esprit, taquin dans son tri, omet de noter "surveiller aux toilettes". Puis cet esprit reçoit sur son iphone en plein cours de marketing, (l'avantage d'être en âge de réapprécier Céline Dion c'est qu'on donne les cours, on ne les prend plus = pour embrasser ma bague, faites deux files), une photo des calculs d'un vieux monsieur inconnu.

Sur le coup j'ai pas compris. J'ai cru qu'il s'agissait de ma mère et de sa recette d'algues au curry. Quand j'ai capté, grâce à la pièce de monnaie posée comme comparateur d'échelles, que Paul m'envoyait le selfie de la fiente paternelle, j'ai cru mourir d'effroi. J'ai été éduquée à l'ancienne, dans le plus grand tabou des déjections. Dans un pays où le coton-tige relève de la pornographie. Il a eu beau essayer de reprendre le dessus en m'expliquant la contre-pensée pasteurienne, Paul est devenu ce jour-là un être tout à fait étrange.

Maintenant que je dois recommencer ma vie, je suis nostalgique de quand Britney Spears se rasait la tête. Those were the days… On exultait collectivement. On se mettait des coups de lames dans les tifs. Ah ouais, l'heure est à la morosité ? Ok, parfait, je fais rouler mon crâne chauve sur la surface de la terre. Quel tempérament cette Britney. La Alexandra David Neil du suicide capillaire. Moi, je ne peux malheureusement pas me raser la tête, j'ai les rouflaquettes qui descendent bien trop bas, ça ferait indien en cure thermale.

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Je ne sais pas comment je m'y prends, mais je suis pas très douée non plus avec les muqueuses de ma nouvelle vie. L'autre jour, un amant passait par là (le hasard d'un texto), j'ai bondi sous la douche et en me rajustant la ligne du plumeau anal, je me suis salement entaillée. Depuis je marche de quinconce et suis plus prude qu'un scoot nordique.

Globalement, je me figurais plus altière sur le chemin du renouveau.

J'ai conscience que je vous raconte des choses un brin futiles. Mais je me doute que si vous êtes parvenus à me lire jusqu'ici, c'est que vous aussi, vous êtes un peu seul. Et qu'avec la somme de nos solitudes et de nos petits ratés, on pourrait éditer une chouette encyclopédie du recommencement de vie. Je me demande quels sont vos embarras du jour. Vos "tralalas", comme on dit joyeusement dans le sud. J'ai une amie qui parle de "petit bazar", en faisant allusion à ses névroses : "je lui colle un bébé dans le dos et voilà, laissez-moi faire mon petit bazar".

Je crois qu'elle le tient de Michèle Laroque dans Pédale Douce. Passés trente ans, l'exigence culturelle est en roue libre. Dès que j'ouvre un livre, mon esprit va se fourrer dans des zones de relaxation même pas recensée. Je me figure comment découper des cuissardes et les agrafer à d'anciennes chaussures, ou comment recontacter un flirt sans flirter. Les lignes dévalent, l'intrigue détale.

Avec tout ce que je dis sur eux dans mes papiers, j'ai peur de ne plus avoir assez d'amis pour tenir jusqu'à Noël. J'espère qu'ils savent que sans eux, en réalité, la vie n'est qu'abscisse sans ordonnée. Qu'en plus de m'inspirer, ils me réaniment. Et qu'un jour mon fils canadien portera leurs quinze prénoms avec des tirets.