Il y a peu, confortablement installé dans ma jaguar, j'écoutais d'une oreille distraite les derniers tubes de la bande FM. Au gré des vociférations de la 643eme petite princesse du R'n'B, à la voix aussi raffinée qu'un baril de pétrole brut, j'allais dire à mon chauffeur de couper le son quand soudain, à l'énonciation du titre de ladite chanson, il me vint une réminiscence.

Le tube Chandelier - ici hurlé par par la dénommée Sia - a ravivé un souvenir de mon passé de jeune paltoquet passablement nippé d'effets grunges, difformes et déchirés. Le groupe s'appelait Psyched Up Janis et la plage 7 de leur album Swell était bel et bien Chandelier.

Amusé par cette homonymie musicale et surtout par le grand écart stylistique entre les deux morceaux, j'ai imaginé les situations cocasses qui pourraient exister si la confusion s'installait entre deux chansons au titre identique.

Exemple : on veut s'écouter pénard un Blitz The Ambassador, talentueux rappeur brillamment ancré dans ses racines africaines.

On jubile d'impatience, on trépigne et voilà qu'on tombe sur du disco, à froid, sans semonce. Obligé de ressortir sa chemise à jabot, son jean moule-poutre et de se convertir à la scientologie comme John Travolta.

De la même manière, et encore plus dangereux, dans un retour de beatlemania, on se décide à écouter un petit Yesterday.

On ferme les yeux, on s’apprête à décoller sur la voix de Paul et on s'écrase façon Malaysia Airlines. Vos oreilles tombent, votre QI devient inférieur à votre pointure et vous arborez désormais un sourire aussi niais que celui d'une contractuelle découvrant une voiture garée sur la tombe du soldat inconnu.

On touche le fond lorsque échaudé par ces malencontreuses aventures, on tente de choisir un titre "qui a traversé les âges" tant avec Jefferson Airplane dans les sixties, qu'avec Queen dans les seventies ou encore récemment avec la magnifique Valerie June.

On se croit à l'abri, dans une chanson intouchable quand tout à coup, au détour de la platine, surgit sans crier gare un être mi-ado mi-méchouille à la performance vocale aussi ravagée et polluante qu'un potager de Fukushima. S'en suit acné éruptive et galopante ainsi qu'un budget gel fixant quadruplé.

Cependant la confusion peut aboutir à de belles surprises comme avec ses deux exemples. Neil Diamond est l'un des chanteurs les plus sous-estimés du XXeme siècle, en témoigne ce splendide Love to love de 1967...

... aussi sous-estimé que le Love to Love de Jonathan Wilson de 2013. La boucle est bouclée.

La légende vivante Bob Dylan déchaina la critique en 1963 avec un Masters Of War ambigüe car ironique mais en fait clairement antimilitariste.

En 2013 Elephant Stone déchaina le petit monde enchanté et chamarré des amateurs de pop psyché avec un Master of War cette fois ci lumineux et direct.

Enfin, pour remédier à ces désagréments de chansons homonymes, votre serviteur s'est penché sur la question et trouvé le titre définitif afin d'éviter toute mauvaise surprise. Et contre toute attente, le grand gagnant n'est pas Love, Hope ou encore Happy mais... RATS ! La playlist qui suit vous convaincra j'en suis sûr.