Que nos ascendants s’indignent et que jeunesse se lève

T’as dégainé plus vite qu’une arme, le seul arsenal qui te semble juste et loyal, une relique de ta croyance à toi : ton crayon.

T’as pesé un peu le poids de cet objet là. Matériellement il n’était pas bien lourd. Mais ce qu’il te permet de créer chaque jour, peut atteindre même les plus sourds.

Rien qu’en effleurant le papier, c’est comme si tu tatouais la paume de tes lecteurs avisés. T’as mesuré souvent, à quel point les images et les mots étaient loin d’être innocents. Mais aujourd’hui vraiment, c’est avec beaucoup d’amertume qu’enfin tu comprends.

Tu saisis l’ampleur des mots, l’ampleur des traits, tu touches du bout de ta mine, la chance que tu as de pouvoir penser, et celle de pouvoir librement t’exprimer.

Cruellement, on a un jour brûlé des livres pour ce qu’ils racontaient, puis on a abattu des hommes pour ce qu’ils dessinaient.

Sans parler des silencieux qui sont tombés à leurs côtés.

Tu saisis, enfin, que les mots que tu écris, ne t’appartiennent pas. Les mots des autres sont aussi les tiens et chaque personne qui te lis, et qui, aime, s’approprient ceux que tu as couché sur le papier. Tu n’es qu’un outil qui véhicule une pensée, qui ressent et qui déverse, du mieux qu’il peut, des émotions et des vérités.

Aujourd’hui, ton poignet est plus lourd, et la mine appuie trop fort sur le papier, le poids l’empêchant presque de glisser pour esquisser le moindre mot ou la moindre idée. Il te traverse pourtant l’esprit qu’ici, il y a plusieurs années, beaucoup avaient déjà résisté. Il semblerait que ce soit aujourd’hui ton tour, d’écrire toujours, pour participer, à ta façon, à la survie de l’Humanité.

Ce qui t’apparaît comme une évidence, plus que jamais, finalement, c’est que les mots et les images sont une nécessité. Indispensable au maintien des libertés d’une société. Utile à l’homme qui cherche à évoluer.

C’est pas un job, ça devrait pas être un danger, d’avoir besoin de s’exprimer, d’avoir envie de faire bouger quelques mentalités.

Pire.

Ca ne devrait pas être une condamnation, que de vouloir faire rire à l’unisson.

Que nos ascendants s’indignent et que jeunesse se lève.

Sous les mines des ces auteurs envolés et dans les larmes bien trop salées des proches désarmés, ne se cachaient surement que ces espoirs à moitié dessinés.

Tu te demandes au fond, si il y a des mots justes. En fait, il n’y a peut-être pas de combinaison parfaite pour soulager ce qui, en ce moment, nous frustre.

Alors pour une fois tu abandonnes ton pupitre pour aller lever ton crayon, au milieu d’une foule immense qui vient aujourd’hui soutenir, la liberté d’expression.