A l'heure où la France, la moderne nous dit-on, Trouve urgence à nous faire bosser le dimanche, Envie de faire l'éloge de la lenteur. Parce que c'est lié, je vous promets.   Faire l'éloge de la lenteur. M’aura bien fallu quinze jours Je voudrais juste éviter le papier maladroit, Genre néobab ou coach de vie. Il y a un Canadien qui fait ça mieux que moi. Le cherchez pas, son éloge est zélote.   Mais Au temps des immédiatetés, des premiums Amazon et des livraisons dans la soirée, Rêver d'un ailleurs, d'une forme nouvelle de la lenteur. Dans la cuisine comme dans l'amour. Dans la vie quoi. Etre vif et lent. Halluciné et pas pressé.   Parce que Que faisons-nous de tout ce temps qu'on s'épuise à gagner ? Riz-minute, épilation-minute, cocotte-minute, clé-minute. La rapidité est vulgaire, comme un amant pressé Comme un mauvais message trop vite envoyé. D'aucuns, taquins, diront : 'Du temps pour lire, se reposer ?" Si seulement. Ni vous ni moi ne sommes ministre Alors imaginez avec moi ce qu'on pourrait s'émerveiller à ne plus penser le temps comme une linéarité.   Le temps comme une boucle, Calligraphe sublime alors Nous dit que tout revient. Alors a quoi bon se presser ? Tout revient, sauf ce qui s'évapore, Le frisson d'un baiser, La splendeur limpide de son visage au moment de s'endormir.   Comment mieux le dire ? Un hasard amoureux de la vie M'a tout fait quitter pour me retrouver à Cholet Par amour vous dis-je. Temporairement. Pas l'amour hein ! Le hasard géographique Je me suis donc retrouvé gravement à l'Ouest. Ecrivant, pédant et abruti : "Je suis au coeur creux de la France dont on ne parle pas. La France qu'on s'en tape si elle se lève ou pas. Cholet dit en négatif ce qu'est l'effervescence. "   Et puis Faisant contre mauvaise fortune machin machin J'ai décidé d'y promener mon indolence nouvelle Me moquant des magasins toujours fermés, Des mous du feu rouge et des vitrines surannées   Et… Et j'ai trouvé les serveurs sympa, les gens détendus J'ai même jeté un "comment allez vous ?" au supermarché. Parce que j'avais le temps, et elle aussi. On s'est regardé, se souriant, s'amusant d'un sac abîmé à peine acheté. Sans aucune ambigüité sexuelle ni rien, Juste comme ça, une gentillesse entre êtres humains. Se demander des nouvelles et écouter la suite. Les magasins ferment entre midi et deux Pour laisser le temps d’un vrai déjeuner aux gens qui travaillent. Ils ont cette chance, eux !   En vrai Que fait-on de si bien dans l'urgence Qu'on ne puisse faire avec du temps ? Combien de caprices dans nos empressements ? En valent-ils le sacrifice ?   Envie de prendre du temps ! Le vôtre pour le moment mais... Prendre le temps de faire des confitures. Avec de vrais beaux fruits. Qu’on aurait acheté comme chiné au marché Que des bonnes choses dedans Une confiture d’un rouge sang translucide Qui chaque matin nous rappelle Qu'on a le temps, finalement.   Le temps de s'écrire, avec du papier et des sentiments Pour éviter que nos boites à lettres soient des boites à factures de mauvaise facture. Cet outrage ! Des lettres d'amour bon sang ! La dernière c'était quand?   Et m'emportant... Prendre le temps d'être au monde. Etre au monde une sensibilité parmi d'autres. Ni plus ni moins. Le temps de réinventer l'élégance Comme me l'a suggéré une amie comédienne Pour la libérer de sa fausse essence bourgeoise ! Etre élégant, cela demande du temps. Et ce n’est pas qu’une histoire de vêtements. Vraiment.   Et tout ce temps qu'on pourrait prendre On pourrait même le redonner. Etre bénévole. Etre présent. Se remettre à penser l’instant.   Parce que... Se presser ce n’est que répondre à l’urgence du moment, L’urgence d’être plus beau, plus fort, plus puissant, L’urgence de faire des enfants, d’être indépendant, L’urgence de répondre à ce que, de nous, on attend, Et bien qu’ils attendent !   Car Il est important de réapprendre. A coudre par exemple, palpant les matières, Ou la menuiserie, mains curieuses aux imperfections des bois Mains nues sur l'essence de ce qui nous entoure sans que l'on sache pourquoi. Apprendre à retrouver le prix des choses, Le travail que cela représente.   Peut-être qu'alors nous pourrions acheter mieux, Et que travailler le dimanche nous semblerait abruti. De quoi ai-je tant besoin qui ne puisse attendre demain ? A part d'aller boire un verre en belle compagnie ?