Artiste : Benjamin Clementine Album : At Least For Now Label : Behind

Dans la famille des virtuoses sortis de nul part on vous présente (le) Benjamin. Artiste Britannique d'origine Ghanéenne, Clementine débarque à Paris en 2012 sans le sou et avec pour seul bagage son toy piano et sa guitare.

Repéré sur la ligne 2 (comme Keziah Jones, la ligne 4 est réservée à Zaz), il signe deux EP en 2 ans, comme dans les contes de fées : Cornerstone en 2013 et Glorious You en 2014. Le titre Condolence séduit et envoute le public par le timbre grave, singulier et unique du chanteur.

L'histoire romanesque de Clementine fait alors l'enchantement des médias (même Europe 1 en a parlé, ce qui pour un artiste "underground" sans album se révèle aussi incongru que la présence de Marc Dutroux au jury du concours Mini-miss). Au lieu de choper le melon, Clementine choisit de se concentrer sur l'élaboration de son premier album (les blagues sur les fruits, j'en ai d'autres). Premier album qui s'avère être une réussite à tout point de vue : puissance de la musique et pertinence des textes.

benjamin-clementine

Clementine est un "storyteller" hors normes se livrant corps et âmes sur chacune de ses chansons comme un condamné au crépuscule de sa dernière nuit (oui j'ai fait Francis Lalanne en deuxième langue au collège). Il se confie éperdument à son piano qui en retour l’encourage, le harangue, le pousse toujours plus à se donner à son auditoire.

Une joute homme-instrument s'installe tout au long de l'album, un duel conceptuel de haute volée, un peu comme l'avait fait Jimi Hendrix avec sa guitare ou plus récemment Garou avec son chat dans la gorge.

La singularité et l'intensité du bonhomme rappelle Saul Williams (physiquement aussi), à une différence - primordiale - près : l'humanisme. Williams en voulait à la terre entière dans ses textes, Clementine, se sent irrésistiblement attiré par le genre humain, quitte à traquer la moindre parcelle de beauté dans le marasme ambiant, l'éclair de grâce dans l'indicible. C'est sans doute ce qui le rend si lumineux.

En ces temps troublés où nos esprits sont couchés, Benjamin Clementine nous tend une main chaude mais tremblante d'émotion pour nous relever.

Outre l'excellent Condolence, d'autres morceaux se détachent de l'album. Le sublime Nemesis, onirique et punchy avec ses violons qui s'invitent, offre un pendant masculin aux meilleures chansons de Nina Simone. London, aux sonorités jazzy affirmées secoue la capitale anglaise comme l'avait fait les Clash en leur temps avec London Calling. Enfin, Gone, tout en retenue avec son piano mélancolique et tourmentée, clôt l'album en une apothéose tranquille.

Pour les références, on s'autorise à penser à Brel (toute proportion gardée, je ne veux pas d'histoire avec les terroristes wallons) et surtout à Gil Scott Heron, pour cette sensation d'implication implacable dans chaque instant dans son œuvre.

10--

En ces temps troublés où nos esprits sont couchés, moribonds au milieu d'une salle de rédaction ensanglantée, Benjamin Clementine nous tend une main chaude mais tremblante d'émotion pour nous relever et enfin attaquer cette année sous de meilleurs auspices.

On recommande 5 fruits et légumes par jour, mangez des Clementine. Avec Fiona Apple et Peaches, il rejoindra à coup sur le cénacle des fruits chanteurs.

CADEAU BONUS

Le clip de Cornerstone :

Une session France Inter pour le titre London :