Josh Tillman, natif de Rockville-Maryland, fut bercé par une culture chrétienne évangélique et se destinait à devenir pasteur.

C'était compter sans Bob "Judas" Dylan qui, par le biais de sa période "rock chrétien", mis le pied du jeune homme à la grosse caisse et sa main à la guitare. Dès lors, le garçon délaissa les cantiques célestes pour les basses sonorités terrestres.

Une migration vers Seattle (alors terre promise musicale), quelques essais solos et des premières parties pour Damien Jurado plus tard (tiens donc...), Josh trouve le job idéal en qualité de batteur des fameux Fleet Foxes.

Las, l'homme s'ennuie au sein du groupe et décide de tout plaquer pour un roadtrip van/psilocybe (genre de giroles aux vertus hilarantes), périple pendant lequel il créera Father John Misty, personnage qui prendra forme sous la production de l'excellent Jonathan Wilson.

Mais que bigre s'est il passé entre 2012, année de sortie de Fear Fun (premier album de Josh Tillman sous ce singulier patronyme) et le 9 février 2015, date de parution d'I Love You Honeybar second opus de ce grand échalas échevelé ?

Et bien le bonhomme est tombé amoureux, profondément, éperdument, d'un amour à pondre des titres d'album dégoulinant de guimauve rose (I Love You Honeybar, non mais franchement...), raide dingue donc de son artiste de femme (au travail fort intéressant par ailleurs).

Mais au-delà de ce titre que n'aurait pas renié un Julio Iglesias sous viagra, se présente un contenu certes amouraché mais rempli de réflexions désinvoltes et désabusées.

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Car la grande force de F.J.M. est de ne pas se prendre au sérieux. Quand les folkeux d'aujourd'hui présentent toujours une gravité aussi impénétrable que leur barbe broussailleuse, lui affiche un second degré réjouissant et rafraichissant.

Ainsi un titre sur l'installation en couple comme The Day Josh Tillman Came To Our Apartment, finement ciselé, toujours avec l'aide de J. Wilson, prend une angle différent, un peu comme si Thiéfaine réadaptait les paroles de "y'a une fille qu'habite chez moi" de Bénabar (ouais, je sais, citer Benabar dans People Are Strange est aussi déplacé qu'une salade de roquette à un dîner israélo-palestinien, mais j'assume).

De même Strange Encounter par son folk pastoral passé au tamis d'une mélancolie toute citadine se pose comme un pied de nez aux Fleet Foxes qui peut être n'arriveront jamais à pondre une chanson qui leur ressemble pourtant tellement.

Strange Encounter par son folk pastoral passé au tamis d'une mélancolie toute citadine se pose comme un pied de nez aux Fleet Foxes

On est tout de même à deux doigts de voir le bougre céder à ses émotions sur le très soul When You’re Smiling And Astride Me, mais c'est pour mieux nous attendrir afin de nous enivrer définitivement avec le bonbon à la liqueur de Nothing Good Ever Happens At The Goddamn Thirsty Crow, chef d’œuvre jazzy d'une classe aussi époustouflante que la longueur du titre de la chanson.

Enfin, il y a Bored In The Usa, une bombe nucléaire de causticité avec ses rires enregistrés, chanson qui ranime la mémoire du trop vite oublié Warren Zevon, l'apogée de cet album, d'ailleurs brillamment interprété chez David Letterman il y a quelques temps.

Josh Tillman a trouvé sa muse, que son alter ego Father John Misty lui a volée, le temps de quelques escapades musicales amoureuses, chevauchées romantiques au coucher du soleil - avec quand même une bonne dose de poil à gratter sous la selle du cheval. Petit bonus : Strange Encounters en session sur la radio WFUV Et un petit clip made in Sub Pop de Chateau Lobby #4 (in C for Two Virgins) qui va aller direct sur nos fiches titres-à-rallonge. Et un uber Big up à Monsieur D. Footbehind pour l'écoute en avant première de l'album : que mille sangsues purpurines baisent tes orteils !