Dimanche soir, c'était les oscars. Les paillettes, les tapis rouges et l’insoutenable suspens du meilleur film. En lice figuraient des réalisateurs qui tabassent mais qui sont pas loin de figurer parmi le classement des plus grands losers des Oscars (dont Alfred Hitchcok et Robert Altman font tout de même partie) : Clint Eastwood, Alejandro Gonzalez Inarritu ou encore Wes Anderson. Leurs films, abondamment nommés, n'ont encore jamais été récompensés. Finalement, c'est le second qui a raflé les plus prestigieuses catégories (meilleur film, meilleur réalisateur), laissant au film de Wes Anderson les statuettes de la technique (meilleurs costumes, meilleur maquillage, meilleur bande originale et meilleure direction artistique). The Grand Budapest Hotel est même l'un des deux films les plus récompensés à cette 87ème cérémonie des oscars, à égalité avec Birdman. Un plan un peu loose. L'idée de filmer la vie fourmillante d’un hôtel de luxe était pourtant bonne. Depuis « Week end au Waldorf », « Casablanca » ou « La mort à Venise », les allées et venues des luxueuses suites fascinent Hollywood. Mais d'autres s'y sont aussi cassés les dents...Alors, le cinéma de palace, un cinéma d'Oscar ? Petit top du cinéma de chambre.

1. Shining de Stanley Kubrick (1980) Là, on parle du summum du film d'hôtel, réunissant l'angoisse de l'isolement et le surnaturel dans l'anonymat luxueux d'une pension en montagne. Désavoué par Stephen King, le film fut ostracisé et même nommé aux Razzie awards...

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2. Lost in Translation de Sofia Coppola (2003) Poétique, envoûtant, notamment grâce aux morceaux de Air, le second film de la « fille de » contente tout le monde et impose Scarlett Johansonn comme l'actrice blonde en culotte à suivre. On notera que c'est grâce à l'aide de Wes Anderson qu'elle réussit à pécho Bill Murray, sans qui la ballade n'aurait certainement pas eu la même saveur. Le film lui ayant permis de décrocher un Oscar, la belle Sofia remettra le couvert du palace dans Somewhere en 2010, avec un succès moins clinquant.

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3. Grand Budapest Hotel de Wes Anderson (2014) Pour un type qui adore les thématiques familiales, l'hôtel se mue de l'espace anonyme à un monde à part reconstruit autour des personnages. Que ce soit dans son premier film, Bottle Rocket ou même dans son court-métrage Hotel Le Chevalier, l'hôtel est un refuge contre l'extérieur. Grand Budapest Hotel en est une illustration visuelle magistrale.

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4. Psychose d'Alfred Hitchcok (1960) De Psychose, on a retenu le manoir. Et pourtant, c'est dans un motel glauque de bord de route que se déroule l'action, tanière moderne « so american » des tueurs en série. Une leçon de genre, lui aussi ignoré par les récompenses, bien que nominé.

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5. Barton Fink de Ethan Coen (1991) Un écrivain en panne d’inspiration, un motel miteux, des personnages chelous John Turturo et John Goodman. Les frères Coen, quoi.

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6. Les vacances de M. Hulot de Jacques Tati (1953) La France qui sent bon le petit baigneur et Martine à la plage. Et pourtant, la modernité de ce film m'épate encore aujourd'hui. Très peu de dialogue, un acteur proche du mime, la finesse de l'à-propos. Je ne précise pas qu'il n a pas été nommé aux oscars.

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7. Hotel Transylvania de Genndy Tartakovsky (2012) Et bah oui, un film d'animation. Un hôtel pour monstres géré par le Comte Dracula. C'est drôle, ce n'est étonnamment pas produit par Pixar et il n'y a pas de chansons entêtantes à la Disney. Un bon moment familial.

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8. The Best Exotic Marigold Hotel de John Madden (2012) Dans la lignée des films d’hôtel choral (« Les dix petits nègres », « California Hotel », « Mistery Train »), il s’en distingue en s’inscrivant dans cette catégorie des films faits par et pour (et avec) des vieux, Britanniques de surcroît (toute la fine fleur anoblie y est présente de Dame Judi Dench à l’Officer Tom Wilkinson). L'hôtel en est mécaniquement converti en maison de retraite. Mais on est en Inde. Alors tout foire un petit peu et nous les jeunes, ça nous fait marrer.

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9. Identity de James Mangold (2003) James Mangold, avant de disséquer la vie de Johnny Cash, s’est attaqué au genre thriller en reprenant Psycho à la sauce trash. Un tueur schyzophrène psychopathe, un motel miteux de bord de route, de l'hémoglobine, du gore. Efficace.

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10. Pretty Woman de Gary Marshall (1990) Je suis une fille des années 90, alors forcément, j'ai vu ce film des centaines de fois. Remake de Cendrillon, c’est le film étalon des romcom dont s’inspireront par la suite des films comme « Coup de foudre à Manhattan ». L'hôtel (de luxe) garçonnière, c'est pas super reluisant mais à la fin ça finit bien ! Mieux qu'au Carlton de Lille en tout cas.

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11.Chelsea Walls d'Ethan Hawke (2001) Le Chelsea Hotel est un peu le café de Flore de la scène pop newyorkaise des années 70. De Bob Dylan à Andy Warhol, en passant par Léonard Cohen, Patti Smith et Robert Mapplethorpe, ils y ont tous séjourné/squatté/créé/bu un verre/pris de la coke. L'énorme avantage étant de pouvoir y payer avec ses œuvres d'art en caution. Lieu mythique pour un film qui malheureusement ne l'est pas devenu, on préférera lire « Just kids » de Patti Smith.

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12. Bunker Palace Hotel d'Enki Bilal (1989) Autant j'aime Bilal et le sommeil du monstre, autant ces films sont détestables. Pastiche de ses propres bandes dessinées, que ce soit thématiquement ou visuellement, le film écrase ses acteurs dans un hôtel aux allures de parking souterrain. Certes, il y avait bunker dans le titre. Mais il y avait aussi Palace.

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Texte : Chris B. Illustration image Une : Ynkaba