PALM est un groupe breton coupable en 2013 d'un E.P. aussi prometteur que remarqué par les huiles (de palme) de la profession.

Férue de nouvelles expérimentations, la formation s'essaie cette année à l'exercice périlleux du ciné-concert, en adaptant l'excellent film de Richard Sarafian : Vanishing Point. Si le ciné-concert ramène naturellement au cinéma muet, la démarche de PALM est autre. A l'instar de groupes comme Gablé ou Joseph d'Anvers pour le jeune public, il s'agit de revisiter, voire même de sublimer une œuvre, et par extension, de créer une signature visuelle de la musique du groupe.

Nous avons rencontré David, leur très disert bassiste, pour quelques éclaircissements.

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People Are Strange : Peux-tu nous présenter ton groupe, votre musique et vos influences ?

David : PALM, c’est de l’americana pur jus. Du rock un peu folk mais électrique, une musique qui respire les grands espaces de l’Ouest américain, les routes écrasées de soleil et la poussière du désert de Sonora. Logiquement, nos influences sont 100 % américaines : Neil Young & Crazy Horse (la version avec les guitares électriques et les solos à rallonge, pas celle avec les guitares en bois d’arbre), Calexico, Giant Sand et toute la scène de Tucson, le Springsteen de Nebraska. Et puis, au-dessus de tout ce petit monde, on doit bien avouer une vénération totale et sans faille pour l’immense (et immensément regretté) Jason Molina. Que ce soit Songs: Ohia ou Magnolia Electric Co., sa musique est vraiment une référence majeure pour nous.

Et puis, au-delà de la musique, on a toujours en tête les écrits d’Edward Abbey, le mec qui a le mieux écrit et décrit les paysages du far west.

Comment a germé l'idée d'un ciné concert ?

PALM, c’est avant tout un groupe d’amateurs. Personne ne vit de la musique, on a tous un job à côté. Forcément, ça fait une temporalité très différente : les répétitions sont plus difficiles à caler, on n’est pas toujours dispo pour des concerts… Le risque, c’est que ça finisse par ronronner. Alors un jour, on s’est dit « ça serait quoi le projet bien trop ambitieux et compliqué à monter pour nous, le truc qui nous compliquerait vachement la vie ? » La réponse a vite été trouvée, c’est Thomas qui l’a apporté en proposant qu’on refasse la musique de Vanishing Point. Et on ne s’est pas trompé : un ciné-concert, c’est hyper compliqué à monter, d’un point de vue logistique, musical, technique, administratif. Pari gagné sur ce point !

Pourquoi avoir choisi Vanishing Point ?

Parce que c’est un film mythique, qui se passe dans l’Ouest américain, qu’il y a des séquences et des plans magnifiques, qu’une Dodge Challenger R/T, ça fait un sacré beau bruit de moteur. Ça c’est fait hyper rapidement en fait : Thomas a proposé, on s’est dit « ouais, cool, carrément, excellente idée ». Et voilà. On n’est pas des garçons compliqués, chez PALM alors on n’a pas épilogué pendant des heures.

Bon, on s’est lancé un peu bille en tête et la fleur au fusil, sans mesurer certaines difficultés techniques ou administratives que ce choix allait poser…

Avez vous visionné un nombre incalculable de fois le film, pour caler à la minute près vos arrangements, ou vous êtes-vous juste imprégnés de l'ambiance du film ?

En définitive, on n’a presque pas regardé le film en entier, du début à la fin, sans pause. Par contre, on a dû mater un million de fois les séquences où on joue. Dans le désordre, sans respecter la narration, en faisant mille retours en arrière… Y a des passages qui finissent par devenir insupportables tellement je les ai vus. Certains dialogues entre les flics, par exemple, me rendent dingues.

Au début, on a essayé de caler au millimètre sur ce qui se passait à l’écran. Genre, un choc entre deux voiture = un coup de caisse-claire, un dérapage = un larsen de guitare, ce genre de trucs. Mais on a vite réalisé que c’était ingérable à mettre en place et surtout complètement con et très premier degré comme approche. On a donc pris un peu de recul et on s’est dit que l’essentiel, c’était de coller à la narration et à l’ambiance « visuelle » plutôt que d’essayer de « sur-raconter » le film. Par exemple, on avait un peu systématisé le côté « une course-poursuite = un morceau qui bastonne ». Sauf que certaines séquences de poursuite sont en fait très lentes, avec des plans séquence assez longs et un montage pas du tout speed. Et là, forcément, si tu envoies la purée en jouant à fond, tu fais un contresens complet.

On avait aussi pensé jouer autour d’un ou deux thèmes, qu’on aurait décliné tout au long du film. Et ça, pour le coup, ça suppose d’être à la fois hyper talentueux en composition (ton thème a pas trop le droit d’être foireux) et en arrangement, pour que ça ne soit pas hyper relou au bout du compte. Alors, c’est pas qu’on est complètement nul à ce niveau, mais faut aussi être conscient de ses limites !

Au bout du compte, on a arrêté de conceptualiser et on a choisi une approche bien plus pragmatique, bien plus proche de la manière dont on fonctionne d’habitude : en tentant des truc, et en ne gardant que ce qui fonctionne. Sans pour autant intellectualiser à mort, sans conceptualiser.

Quelle motivation particulière apporte l’image aux musiciens que vous êtes ?

Bon, déjà, pour commencer, moi je ne suis pas musicien, je suis bassiste. Je suis donc plus serein que les autres. C’est assez marrant de mettre sa musique au service d’un autre truc. Si ça reste la musique de PALM, l’idée, c’est quand même de chercher la symbiose entre ce qui se passe à l’écran et ce qu’on joue. Et quand ça fonctionne, c’est assez impressionnant. Comme si la musique sublimait l’image et réciproquement. On va pas parler d’alchimie (je laisse ça à Paolo Coelho), mais y a un truc qui se passe qui est assez puissant. Bon, quand ça fonctionne, hein. Parce que des fois, ça foire très largement.

Comment appréhendez-vous le déroulement du concert sachant que vous allez jouer environ 90 minutes sans pause ?

En ce qui me concerne (je vais pas parler pour mes camarades sur ce point), je flippe totalement. J’ai déjà un trac monstrueux quand on fait un concert « normal », là, j’ai les foies, on dirait un jeune puceau à son premier rendez-vous galant. J’ai peur d’un pépin technique sur le film… Mais en même temps, c’est la première fois que je me lance dans un projet aussi ambitieux et j’ai hâte de voir ce que ça va donner en conditions réelles.

Après, le film dure une heure et demie mais on ne joue pas tout le temps. Sinon, le public deviendrait dingue, ça écraserait tout. Tu me diras, on aurait pu tout refaire, tout doubler et tout bruiter à la main (et à la bouche) en live. Y a peut-être un projet à creuser…

"On n’est pas là pour faire un concert de PALM. On joue, en live, sur un film. C’est le film et les images qui priment, pas nous"

Par contre, l’énorme avantage de ce format, c’est que le groupe doit s’effacer. On n’est pas là pour faire un concert de PALM. On joue, en live, sur un film. C’est le film et les images qui priment, pas nous. Et vu qu’on n’est pas vraiment spectaculaires sur scène (en même temps, on fait de l’americana, pas du punk hardcore ou du ska festif, on va pas se mettre à sauter partout ou à slammer comme des trépanés), c’est aussi bien qu’on ne nous voit pas ou peu. Clairement, ça nous arrange d’être un peu planqué sur ce coup. Y aura personne pour nous expliquer qu’on avait l’air de plots atteints d’asperger sur scène.

Quelle serait votre définition d'un ciné-concert parfait ?

Déjà, c’est un live où on s’est pas planté, où on n’a pas fait de pain, où tout le monde a joué ce qu’il devait jouer. Mais ça, ça n’arrive qu’au pays du chocolat et des licornes. Plus sérieusement, le ciné-concert réussi, c’est quand la musique a redonné du lustre à un film qui était un peu poussiéreux ou trop méconnu. C’est quand la réinterprétation des musiciens apporte un plus, un nouvel éclairage. Quand ça fait du sens.

Et c’est pour ça que c’est hyper casse-gueule comme projet. Parce que tu cours quand même le risque de faire de la cosmétique et que ça tourne à vide. Que ça ne serve à rien. Le truc affreux, ça serait qu’on te dise que ça aurait été mieux de laisser le film dans son jus…

Quels sont vos références en matière de musiques de films et de ciné-concert ?

Encore une fois, je vais pas parler pour mes camarades. Moi, j’ai adoré le Séville 82 de Red, Philippe Tessier et Tonio Marinescu ou le Desperado de Bikini Machine (niveau prise de risque, ça se pose là quand même…).

Et sinon, c’est un grand classique, mais les BO des films de Tarantino sont pour moi incontournables. Tout comme les BO d’Hans Zimmer (ce qu’il a fait sur Interstellar, c’est incroyable).

Une date pour votre ciné-concert ?

On le joue pour la première fois le 13 mai, à l’Echonova. C’est dans hyper pas longtemps, ça fout vraiment les jetons.

David merci du fond du cœur. A bientôt