Nicole ne se démène pas pour avancer dans la vie. Elle tend une fois sa carte bleue flambant neuve, l'air espiègle pour acheter quelques fantomatiques volcans. Le reste du temps, elle se contente d'être passive, lascive, fatiguée. Même dans le sommeil, elle ne fait pas l'effort d'entrer.

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L'été est en suspens, palpable, bercé par le chant des baleines. Le tapage nocturne du groupe de rock dans le salon ne fait pas de vagues. On remet une pastille de chlore dans la piscine, on apprend à dire chaise et table en islandais, on mange des crèmes glacées. Le reste ne vaut pas la peine de suer. S'exciter pour quoi ? Un cadenas de vélo bloqué ? Un petit boulot de perdu ? Un batteur, champion du sandwich à la tomate ? Nicole ne voit pas l'intérêt des choses. Elle se laisse hypnotiser par le jeu des lumières, le détail qui fait toute la couture du pantalon, l'enfant derrière la voix de cow-boy.

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Elle ne voit pas, ne réalise pas qu'elle peut être blessante avec son collègue, que sa meilleure amie finira par se lasser de sa langueur. Nicole ne se sent pas dormir. Elle dort les yeux ouvert. Elle rêve tout haut. Elle laisse faire.

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Stéphane Lafleur filme la jeune Julianne Moore québécoise (Julianne Côté) avec onirisme et lenteur. Il nous donne le temps d'ajuster nos pupilles, de rentrer dans l'image, d'observer les détails. Le style est old school, nouvelle nouvelle vague. Du noir et blanc comme on n'en fait plus. Gracieux et reposant.