Artiste : Lonelady Album : Hinterland Label : Warp Records  

Julie Campbell (alias Lonelady), chanteuse mancunienne de 35 ans diplômée des Beaux-Arts, pratique de fait un Art-Punk Indus' de belle (manu)facture.

S’imprégnant des multiples et foisonnantes références musicales de sa ville natale, Lonelady propose un astucieux mix impliquant ses glorieux ainés, tels que New Order, A Certain Ratio auquel s'ajoute l'influence électro de son label Warp Records, abritant en son sein les vénérables Broadcast ou encore les flamboyants Battles.

Vous remarquerez qu'il est difficile de parler du travail de Lonelady sans faire moult comparaisons. L'aura de Manchester y est pour beaucoup car à l'instar de Détroit, il existe une ambivalence rayonnante entre le caractère industriel et austère de la métropole et la galopante imagination de ses habitants (c'était la phrase intello du jour, c'est beau comme un Houellebecq au coucher du soleil).

Toute la problématique dans la production musicale de la chanteuse réside dans la volonté de se dédouaner, de se démarquer de l'encombrant héritage de ses prédécesseurs, tout en gardant une signature singulière propre à la scène locale.

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Manchester : sa scène musicale, sa pénurie de coiffeur

La mission, ardue, n'avait pas été totalement remplie dans le premier album (Nerve Up, paru en 2010), le résultat se révélant trop policé, révérencieux et sans réel prise de risque. Mais force est de constater qu'avec ce nouvel opus, Lonelady s'émancipe et s'épanouit, élevant sa musique au-dessus des cieux brumeux et pollués.

On peut dire qu'elle s'est construit une tour en brique rouge (pour le côté industriel), avec de bonnes fondations au sol, au sommet de laquelle, telle une muezzin dévoyée, elle délivrerait les bonnes paroles.

Et de la voix pour se faire entendre, elle en est dotée. Son timbre évoquant une Beth Ditto sobre qui nous épargnerait le côté guignol et les 3/4 d'heure de vocalises par album (sur 45 minutes environ).

Côté musique, on oscille entre une guitare saturée, parfois dissonante, avec une boîte rythmique très minimaliste rappelant par instants le vacarme lancinant d'une fraiseuse à bois ou d'une dégauchisseuse (mais pas d'une moulurière, faudrait pas pousser Papy dans les copeaux).

Lonelady
Manchester : son héritage culturel, sa fabrique de chemise pour manchots

Subtil mélange sur lequel vient parfaitement s'ajouter des nappes de clavier synthétiseur, bel acte de bravoure tant la mauvaise utilisation de cet instrument "so eighties" peut irrémédiablement faire sombrer la plus sympathique des chansons en un immonde potage pour pékin à coupe mulet et gourmette à prénom composé.

On se surprend même à remuer du popotin sur certaines chansons, comme par exemple Groove It Out aux sonorités funks qui se pose comme un des sommets de l'album.

Bunkerpop et Silvering sortent également du lot, la première pour sa rythmique clinique, et sa mélodie entêtante qui réinventerait Prince en ouvrier tourneur et la seconde pour sa disco post apocalyptique pour zombie épileptique.

"Bunkerpop sort du lot pour sa rythmique clinique et sa mélodie entêtante qui réinventerait Prince en ouvrier tourneur"

On reprochera peut être la longueur de certaines chansons mais Lonelady a globalement réussi à passer outre les comparaisons pour s'affirmer comme une des prétendantes pour participer au renouveau perpétuel de la musique britannique.

Le clip : Groove It Out avec en prime une visite guidée des friches industrielles de Manchester

Le clip de Bunkerpop claustro-phobique à souhait :