Artiste : Jacco Gardner Album : Hypnophobia Label : Polyvinyl Records/Full Time Hobby

En ces temps troublés où, dans l'industrie musicale, il convient d'appeler Génie n'importe quel pékin capable d'aligner trois notes valables ou de juste chanter juste (justement), de quoi pourrait-on qualifier Jacco Gardner et comment définir son travail ? Sur mon vieux Larousse gagné en finale des masters de bronze de Questions pour un Champion, la définition du mot génie est : personne ayant un talent inné et exceptionnel.

S'il est exagéré de qualifier Jacco Gardner de la sorte, jouons sur les mots et nommons-le pour voir de "bon génie" du paysage musical contemporain.

Dans mon petit Robert gagné aux interclubs des Chiffres et des Lettres de Kerjouanno sur Vilaine (où, au passage, j'avais maravé Bertrand Renard), un bon ou mauvais génie est une personne qui, de par ses actions, influe sur la vie d'autrui.

Je mettrais mon trophée Motus à parier que le natif de Hoorn (Pays-Bas) enchantera votre quotidien, vous lecteurs aussi éclairés qu'avertis (le cirage People Are Strange bientôt en vente chez votre chausseur-libraire).

Déjà, pour son premier album "Cabinet of Curiosities", le batave avait posé les bases d'une lumineuse musique baroque où se mélangeaient rock, pop, rétro et modernisme sur lequel, du haut de ses 25 ans, il posait une voix évidemment juvénile mais empreinte d'une mélancolie sans âge.

En témoigne cette petite session de l'époque où on le sent d'ailleurs aussi à l'aise qu'un drag-queen égaré au milieu d'un défilé frontiste :

C'est précisément avec une assurance toute nouvelle que le second album paraît.

Hypnophobia désigne l'état entre le sommeil et le réveil : un monde imaginaire, intemporel et quelque peu effrayant, mais un monde de possibilités infinies, un pays des merveilles où Jacco Gardner, chapelier fou de musique se plait à truquer les cartes de la reine de cœur.

Au premier abord, ces dix nouvelles chansons pourraient sembler datées, énièmes mélodies perdues dans le flot psychédélique de la fin des sixties.

Mais à y pencher une oreille plus attentive, on découvre une richesse mélodique certes empruntée aux vénérables huiles pop - l'aura gorgée d'acide de Syd Barrett planant autour des titres - mais servie par une technologie toute actuelle, ramenant en définitive à une ambient belle et bien moderne.

Jacco_Gardner1-600x902 Prenons pour exemple le sémillant "Brightly", un titre que n'aurait pas renié un Nick Drake transposé dans le summer of love et qui se trouve actualisé par un tempo très actuel, voire mainstream (au sens noble).

Sur son album, ce type a inventé La formule magique : une application en forme de « madeleine de Proust » pour smartphone, soit la technologie au service de la nostalgie. C'est tellement imparable que j'en recrache mon e-absinthe. On appliquera la même recette pour l'excellent "Find yourself" qui électrifie un Bach grisé sous une pluie baroque.

Jacco Gardner incarne l'homo-vintageus version 2.0, et il n'a que 27 ans, ce qui laisse augurer une émancipation musicale si intéressante qu'on aurait presque envie de voyager dans le futur pour visiter un passé remastérisé.

Voici le clip de Find Yourself :

Une petite session live dans une radio de l'autre pays du fromage :