Je ne sais pas pour vous mais en ce qui me concerne, le retour des beaux jours me mène toujours à une envie incoercible d'écoute de voix de femmes, comme autant de caresses musicales sur ma peau bourgeonnante et rougissante.

Et il faut croire que les boutonneux des maisons de disques partagent ce même sentiment, si l'on en juge par le nombre de sorties d'albums de filles ces derniers temps.

Parmi elles, quelques-unes se détachent brillamment et je m'empresse de vous présenter un petit florilège printanier, le haut de la corbeille à fruits, frais et sucré, et c'en est assez des images saisonnières à la mords-moi la cerise, on n'est pas dans L'amour est dans pré, y'a pas James Blunt en fond sonore. Procédons.

Colleen Green
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La frange de la contre-culture

Le plus : les problèmes existentiels des jeunes adultes en chanson, ça file un coup de jeune. Le moins : les sonorités 90's sur certains titres, ça file un coup de vieux. L'albiom (mot valise pour album et bio, c'est frais hein ?) : I Want To Grow Up

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C'est la troisième livraison pour cette native de Boston et on la sent dans une période charnière, celui du questionnement quant à passer à l'âge de raison tout en restant ce grand enfant insouciant et casse-burnes qui fume des joints en écoutant les Ramones.

Mais cette pop-punkette en puissance est loin d'être une énième "ramoneuse", car si elle emprunte souvent sa base mélodique aux vétérans en perfecto (le fameux "1-2-3-4 + pleine bourre" dont voici un exemple ici), elle lorgne aussi beaucoup du côté de Seattle période grunge (Fastbacks) pour le côté déluré et post-grunge (Modest Mouse) pour les paroles.

Colleen Green, c'est la bonne copine toujours de bonne humeur mais qui se met à pleurer sans raison quand elle renverse son mojito sur son jean troué ; sa musique est identique, réjouissante et légère mais profonde et complexe à bien des égards. Un petit clip à regarder en dansant en Converse avec une kro tiède :

    Courtney Barnett
L'Australie, la tête en bas, c'est décoiffant!
L'Australie, la tête en bas, c'est décoiffant !
Le plus : sa voix. Dans les graves, on la compare à Patti Smith. Le moins : sa voix. Dans les aigus, on la compare à Alanis Morissette. L'albiom (vous vous y faites ?) : Sometimes I Sit And Think And Sometimes I Just Sit

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Avec un titre pareil on pourrait croire que l'australienne cultive la procrastination et la paresse. Il n'en est rien car après quelques années à tirer le diable (de Tasmanie ou elle a grandi) par la queue, son installation à Melbourne et quelques rencontres opportunes (Brent de Boer des Dandy Warhols), elle fonde son propre label, "Milk ! Records", tourne frénétiquement et sort 2 mini galettes simultanément, se taillant ainsi une notoriété au-delà de kangourou-land avant même la sortie de son premier album.

Premier effort, unanimement salué par la critique tant les 11 titres font mouche de par leur humour mordant et cynique et par la fougue rafraîchissante des compositions rappelant Jonathan Richman. Elle affiche également un détachement opportun qui, par exemple, dans la chanson Dead Fox met au même niveau sa gêne de voir les animaux écrasés au bord des routes que celle d'alimenter des multinationales cannibales. Courtney Barnett trace sa route qui n'est ni la plus belle ni la plus courte, en toute désinvolture, sans vouloir révolutionner le monde et c'est cette humilité qui rend sa musique si proche et attachante. Cette chanson sera le tube de l'été, reste à trouver une choré, quelqu'un a le numéro des claudettes ? De Mia Frye ?

    Waxahatchee
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En Alabama, une femme sur deux est une guitare

Le plus : la bande son idéale pour couvrir les traditionnelles manifs du printemps. Le moins : Waxahatchee, à vos souhaits ! Ce nom évoque plus un volcan islandais qu'un groupe de musique. L'albiom (ça va venir, votre rétine s'habituera) : Ivy Trip

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Katie Crutchfield vient d'Alabama et mène Waxahatchee à la baguette du haut de ses 26 ans. Vingt-six bougies pleines de cambouis à l'image de son état de naissance, sudiste, brut de décoffrage caractérise son tempérament tout aussi ombrageux que sa musique. Comme avec son autre groupe P.S. Eliot qu'elle forme avec sa sœur, Katie fouraille sans concession sous le capot des sentiments humains à grands coups de clé à molette dans la rotule, mais sans pour autant bourriner au point de casser le moteur.

En effet, si avec sa morgue naturelle elle ne peut faire autrement que de lâcher les chiens comme par exemple avec le titre Poison, très punk rock façon Breeders, la chanteuse sait aussi s'adoucir avec le faussement mélancolique Breathless, ballade folk aux relents refoulés de colère noire. Avec Air, elle se révèle enfin presque primesautière, voire légère et cela amène un équilibre bienvenu à l'album. Voici une session de LA radio de Seattle KEXP, à écouter en se faisant tatouer une ancre de marin sur l'omoplate en buvant du brandy de contrebande.

    TORRES la-et-ms-sxsw-torres-natalie-prass-sweet-spirit-20150318 Le plus : enivrant comme l'odeur de la terre quand la pluie tombe dessus. Le moins : ben il pleut quoi, c'est triste pour la saison. L'albiom (en fait c'est moche comme nom, pas vrai ?) : Sprinter TORRES-sprinter-1500x1500

Mackenzie Scott, la benjamine des 4 fantastiques de cette chronique pratique paradoxalement à 24 ans la musique la plus adulte de toutes. Torres, c'est surtout cette voix sublime, ce timbre grave, profond qui évoque instantanément son ainée britannique PJ Harvey. La native de Macon (en Georgie hein, pas en France !) étonne par sa maturité et son aisance dans la construction de ses chansons tout en introspection et pudeur.

Évidemment on est loin de mourir de rire à l'écoute des titres sombres, souvent empreints d'une aura ténébreuse, mais rangez votre kôhl et votre redingote noire, nous ne sommes pas non plus en terre gothique. L'univers étant tortueux et torturé mais nullement morbide.

Mention spéciale à la chanson The exchange, qui envoûte par son dépouillement classieux.

Ci-après le clip Strange Hellos pour rugir de plaisir en mangeant ses céréales dès potron-minet :     BONUS DE CLAP DE FIN DU MONDE Sharon Van Etten n'a pour l'instant qu'une chanson en 2015 mais elle a mis tout le monde d'accord, quelle beauté mes aïeux ! https://www.youtube.com/watch?v=SVXSADlwFQc