Une maison de verre. Un bunker aux lumières artificielles. Le décor d’Ex Machina pose d’emblée l’interrogation du vivant face à la technologie, de l’humain en prise à la robotique. Le premier long métrage du scénariste de La Plage n’est pas un chef-d’œuvre. Les références bibliques alourdissent quelque peu la problématique du créateur face à sa créature, qui, maintes fois abordée à l’heure du 21ème siècle, pourrait trouver d’autres recours narratifs. La stylisation des cadrages poussée à l’extrême – entre surfaces réfléchissantes et lignes de force – s’avère un peu répétitive alors que la mise en place de l’intrigue met du temps à prendre de l’épaisseur. Le réalisateur propose néanmoins quelques trouvailles de mise en scène tout à fait rafraîchissantes.

Dans cet espace labyrinthique, la question de qui de l’homme ou de la bête parviendra à s’échapper, modernise ici un mythe qui, d’ordinaire, posait l’humain comme vainqueur indéniable de cette lutte contre sa propre monstruosité. La dystopie assumée et terrifiante du film pousse l’histoire encore davantage. Au bout du compte, qu’est-ce que l’intelligence humaine ? Face à un ordinateur, le joueur d’échec est contraint d’affronter une machine dont les stratagèmes, infiniment élaborés, mettent à mal son émotivité et sa part d’erreur inhérente, à moins que celle-ci ne se transforme en ruse.

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Ava n’est pas qu’un moteur de recherche ultra élaboré aux ressources quasi illimitées. Visage d’ange monté sur un corps de silicone, Ava est un être gracieux, à la répartie cinglante. Lorsqu’elle s’anime, les mouvements précis et fluides de son corps sont d’une élégance rare. En ayant confié le rôle à une danseuse de ballet classique, le réalisateur donne ainsi tout son sens à une idée à la fois saisissante et originale dans le registre de la science-fiction : au-delà de l’intelligence artificielle, c’est-à-dire de la capacité à supplanter l’homme d’un point de vue stratégique (intellectuel), l’humanité d’un être ne serait-elle pas aussi liée aux mouvements d’un corps qui se meut à travers l’espace qu’il habite ? Se pourrait-il que l’expression intelligible de la vie soit en relation au domaine du sensible, se manifestant dans la subtilité et la précision du geste ?

Alex Carland élabore encore plus loin sa thématique lorsqu’il invite le personnage masculin, et le spectateur, à regarder cette étrangère se dévêtir sous les yeux de la caméra de surveillance dans une sensualité à fleur de peau. L’érotisme naît dans la perception sensible du mouvement qui électrise l’imagination de celui qui regarde.

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Plutôt que de montrer, suggérer.

Plutôt que de voir, imaginer.

S’il est question de la relation à l’autre comme preuve d’humanité, la capacité d’éveiller une émotion chez celui qui la découvre serait, semble-t-il, la preuve qu’Ava est intelligente. La femme mi-robot, mi-humaine a désormais toutes les chances de son côté pour s’échapper du labyrinthe. L’homme, quand à lui, serait-il à cours d’imagination ?