À travers son travail photographique, Martina Sauter assemble des images. À celles qu’elle capture aux environs de son atelier, elle appose des clichés cinématographiques. Une vue en amenant une autre, la subtilité de ses collages repose sur le mystère délicat qu’elles instiguent, entre espaces réels et rêvés.

Malgré l’iconographie incontournable des films qu’elle sélectionne, il semble presque impossible de distinguer l’origine de ces images, dont la mise en scène nouvelle relève d’une composition tout à fait singulière, mêlant des fragments d’histoires, de souvenirs, de lieux, de photographies.

Le désir de voir, mais aussi l’émotion associée à la position du spectateur sont des constantes dans la pratique artistique de Martina, selon lesquelles la banalité quotidienne se transforme, inquiète parfois. Ce procédé qui assigne différents rôles à celui qui, en tant que spectateur, se voit contraint d’observer une scène qui lui échappe, reste intimement lié à la pratique cinématographique. En effet, l’art de Martina est empreint de cette problématique autour du regard, caractéristique du cinéma.

Initiées par une image photographique qui suppose inévitablement un "avant" et "après" imaginaire, ses propositions visuelles constituent des bouts de séquences ; des séries d’images attestant de la temporalité des perceptions. Martina utilise cette technique narrative afin de communiquer du sens. Elle y détermine la position de celui qui observe, et, dans le cas présent, regarde la scène d’un point de vue objectif, découvrant apparemment la psychologie du personnage féminin. Cette position presque autoritaire est quasi symbolique d’une emprise masculine, exercée sur cette femme, debout, dans l’embrasure d’une porte. Tout en maintenant une distance nécessaire au voyeurisme, il la regarde. Elle devient objet d’observation, de désir.

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Par Mélanie Cravero