Elle ne fait pas semblant avec les vannes, mon amie-ma-sœur. Quand elle en attrape une bonne, avec sa gouaille de paresseuse et ses longues dents, elle la ressert de suite aux ouailles qui habitent sa vie.

Elle dit "Écoutez celle-ci", "Non mais vous savez pas quoi ?", "Allez, refais-leur celle-là".

Le surnom de mon nouveau copain, par exemple, elle le fait rouler sur ses lèvres complices, et sans observer les réactions, le reprend à la cantonade.

Quand elle emprunte ces jeux de langue comme une marraine de trouvailles, je lui suis gré d'être vivante et d'être près de moi.

J'en connais qui tolèrent, modèrent, feignent de ne pas aimer. J'en connais qui dédaignent une formule, si elle est dépassée. J'en connais qui s'appuient sur la drôlerie pour faire sortir leur tête.

Dans son monde de butineuse-rêveuse, on rit jusqu'à en péter les vitrines. On s'amuse des mormons sans trop les déranger, on salue une crête sans la décoiffer.

L'été, ça fait du bien cette franchise.

Pour le rire, elle ne façonne pas de pose. Cela lui arrive de minauder. Avec des costumes noirs et des cigares, parfois, le soir. Ceux qui viennent l'enlever à mes tentatives de bons mots, ne lui connaissent pas ce tressaillement du dos. Elle balance alors la tête, fend la colonne, rentre les pieds.

"Bon public", disent certaines bouches crâneuses qui n'ont pas lu ses carnets de bonheur. "Sans gêne", accusent les diplomates de la tristesse.

Même si elle s'ennuie à imaginer le pire, même si elle me fait peur avec ses tours du parc, ses ivresses et ses insomnies, je sais qu'avec un rire pareil, elle ne peut risquer d'avaler que le soleil. Que si cette livraison de bon garçon tarde à venir, c'est que les ingénieurs du rire se collent encore le front sur le perron de ses amygdales.