Artiste : Ceschi (on prononce Chesski)

Album : Broken Bone Ballads

Label : Fake Four Inc.

Julio Ramos alias Ceschi est un rappeur multi-instrumentiste et producteur basé à New Haven dans le Connecticut (New Haven jumellée avec Avignon et abritant la prestigieuse université De Yale). Ceschi pratique un rap lettré flirtant de manière éhontée avec une folk urbaine empruntée à New York sa ville-ogre de voisine.

Actif depuis un bon paquet d'années, Ceschi se pose en bon galérien des affaires, compétent, tenace voire entêté à l'extrême mais systématiquement rattrapé par la scoumoune quand la machine semble enfin vouloir rouler. Par exemple, en 2012, c'était fort d'un catalogue d'artistes bien étoffé sur son label (jetez-y une oreille, vous trouverez la crème du rap indé' underground East Coast notamment Moodie Black) et d'une notoriété grandissante qu'il s'apprêtait à conquérir le monde quand il fut bêtement pris par la patrouille à dépanner deux pauvres joints à deux boutonneux étudiants servant en fait de leurre aux stups ricains (au passage les deux crétins, à vos âges normalement on court l'amour, l'idéal ou les consoles de jeux, on refile pas des tuyaux merdiques à la maréchaussée !).

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Justice implacable américaine, il s'en tire avec une peine de prison minime mais une montagne de paperasse, de mises à l'épreuve diverses (genre "bonjour je m'appelle Ceschi et je n'ai pas vendu d'herbe, ni émasculé d'hamster depuis bientôt 6 mois") qui le mirent sur la touche un bon petit moment.

Malchance toujours, le titre de son cinquième album "Broken Bone Ballads" fut naturellement trouvé lorsque Ceschi, voulant défier au bras de fer un marine américain surbodybuildé, put après cette joute aussi primaire qu'inutile observer à loisir son radius prenant l'air.

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Néanmoins, cette équipe de bras cassé à lui tout seul nous gratifie de son album solo le plus abouti, personnel, grave mais paradoxalement le plus enjoué même si l'on ne risque guère de se poiler comme sur du Patrick Sébastien, n'exagérons rien et laissons les barons du rire faire leur travail.

Le bonhomme a plus de recul, il chemine donc avec sa prose sur des voies de sagesse, de remise en question, sans pour autant sombrer dans la leçon de vie poseuse comme savent si bien faire certains représentants du "Rap Game", de ceux qui donnent des leçons d'humilité devant leur Bentley en or massif entourés de chinchillas en manteau de bimbos (ou le contraire je confonds toujours).

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Côté musicalité, la variation entre le folk et le Hip-hop amène une diversité très rafraichissante et réjouissante. "Elm City Ballads" par exemple aussi courte qu'intense rend hommage au style cher à Dylan, alors que la collective "Kurzweil" qui lui succède nous ramène avec ses boucles et ses samples au rap indé de Death Grips ou Sole.

L'album se clôt en apothéose sur un impeccable duo avec Sage Francis, son éminence grise, son père spirituel, une joute verbale amère et tranchante mais non dépourvue de bons sentiments.

C'est toute l'ambiguïté de cet artiste qui va de l'avant coûte que coûte quitte à y laisser des os ou des illusions, c'est pourquoi il faut supporter Ceschi, c 'est votre compagnon de lose, il a tout pris pour vous, rendez-lui la pareille en écoutant ses disques.

Voici le clip cool de Barely Alive, avec Sage Francis et Ceschi en amuseurs ratés.

Et comme d'hab' une session live de "Say Something" version Folk, beau comme un coup de soleil sur une cuisse de poulet (chacun ses goûts, hein ?).