Revue de presse : Jacky au royaume des filles

À sa sortie en salle en janvier 2014, le dernier film de Riad Sattouf, Jacky au royaume des filles ne fit pas que des heureux. Bien au contraire, une grande majorité de nos concitoyens critiques de cinéma s’affola de cette fable grossière, exposant avec toute la virulence qui est leur est propre, la bêtise éhontée de cette bouffonnerie de second rang. D’autres, plus vaillants, y virent un manifeste sur le "genre". Question de goût ; ou de mode. En effet, sous la dictature de Bubunne, l’homme revêt la burqa, chevauche à jambes raccourcies des chevalins ("poney" en bubunnois), et se voit offrir en mariage comme on faisait jadis commerce des hommes. Pour un auteur / réalisateur d’origine syrienne, défenseur de la liberté d’expression et cartooniste de renom chez Charlie Hebdo pendant près de 10 ans, quelle maladresse !

Un an plus tard, le vent tourne.

Le 23 janvier 2015, Jacky... est diffusé en grande pompe sur Canal+. Ceux-là même qui s’épanchèrent sur la nullité sans nom du film en question (voir les critiques du Cercle, ci-dessous), se félicitent soudainement de leur mission de service public (privé) à diffuser en prime time un bijou d’humour, d’intelligence et de ferveur politique. Alors que certains changèrent également leur fusil d’épaule, d’autres se turent. Pour ceux qui n’auraient pas suivi les évènements de janvier, voici un petit récapitulatif, daté, de la différence d’opinion qui divisa la France.

Par respect pour les auteurs et les publications qu’ils représentent, nous avons préféré garder les noms et sources originales.

Le(s) convaincu(s)

Le Canard Enchaîné / David Fontaine / 2014 « Une fable hilarante, sévèrement montée sur "bubunes" »

Les dubitatifs

Le Monde / Isabelle Régnier / 28.01.2014 « Le film déploie un burlesque noir audacieux, à défaut d'être toujours drôle. Le résultat (est) inégal (et) traduit l'attitude de Riad Sattouf vis à vis de son film. »

Le Monde / Isabelle Régnier / 23.01.2015 ● Mis à jour « Riad Sattouf inverse les genres dans un conte burlesque qui dénonce les oppressions » (vendredi 23 janvier à 20 h 50 sur Canal+ Cinéma)

Première / Christophe Narbonne / 29.01.2014 « Dans cette comédie d’anticipation où les garçons en burqa (!) n’ont plus aucun droit […] le réalisateur pousse loin la satire sans peur du ridicule et de l’étiquette de phallocrate que l’on va lui coller. Mieux vaut en rire qu’en pleurer. »

Première / auteur inconnu / 04.02.2015 « Grinçant et polémique, il manie un art de la caricature rentre-dedans qui peut faire grincer quelques dents. Le parti pris de Sattouf n'est pas fait pour plaire à tout le monde avec son jeu sur la symbolique et sur des représentations parfois osées. »

Télérama / Frédéric Strauss / 29.01.2014 « Cette comédie […] multiplie les bonnes idées et cultive l'inconsistance. Comme si Riad Sattouf, s'embarquant dans une fable susceptible de prendre du sens (politique, religieux), voulait nous prouver qu'il n'en reste pas moins un jeune cinéaste déconneur. […] Sur la condition des femmes, sur l'intégrisme, Riad Sattouf reste tellement à la surface qu'il se garde, assez lâchement, de déranger. »

Télérama / Aurélien Ferenzi / 31.01.2015 « La fable, irrésistible et excellemment jouée par une distribution épatante, joue la carte du rire. Le film s'empare ainsi de situations contemporaines — l'oppression de toute nature — et les passe dans une moulinette d'une grande puissance burlesque. Ce n'est pas la manière la plus sotte de parler du monde d'aujourd'hui. »

Canal+ / Le Cercle / 30.01.2014

Les mauvais joueurs

L’Humanité / Vincent Ostra / 2014 « Ça amuse cinq minutes mais c’est laborieux à la longue. Brillant auteur de BD, Riad Sattouf confirme qu’il n’a pas l’étoffe d’un metteur en scène. »

 

Positif / Yann Tobin / 2014 « L'exercice devient vite laborieux, s'arrêtant à la frontière du franc délire pour cause de platitude visuelle et de redondance d'effets comiques. »

Transfuge / Luis Seguin / 2014 « Malheureusement, les gags semblent flotter dans ce film trop produit, comme les personnages flottent dans leurs tuniques. Et pour ce qui est de l'imaginaire fantaisiste du film [...], il se révèle aussi pesant qu'une suite de trop des "Visiteurs" ou qu'un énième opus des aventures d'Astérix [...]. »

Les Cahiers du Cinéma / Joachim Lepastier / 2014 « L’attente était forte, et le résultat sans être déshonorant a du mal à soulever l’enthousiasme. […] le film se retrouve ainsi dans un étrange entre-deux, à peine plus poussé que le sketch surproduit, encore trop loin du conte voltairien. »