Pourquoi sexe et nourriture sont-ils intimement liés ?

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L’origine du rapprochement de la nourriture et de la sexualité est biblique. Le fruit défendu de la Genèse… On connait l’histoire. Mais comment expliquer la persistance des parallèles entre fruit, tentation et désir dans l’imaginaire collectif ? En psychologie, les troubles alimentaires et sexuels se superposent : l’absence de satisfaction sexuelle conduirait à la boulimie ou à l’anorexie. Jusque dans le langage, sensualité et nourriture font la paire : on dit d’une femme qu’elle est « appétissante ».

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Trêve de supposition, place à la science dure. Wikipédia nous apprend que la pratique du jeu sexuel à base de nourriture a un nom (bien peu rassurant) : la sitophilie. Et apparemment, la sitophilie a un code. La nourriture, par exemple, peut être solide ou non : « solide, elle est le plus fréquemment, utilisée dans un but pénétratif. C'est le cas notamment des bananes, carottes, concombres, courgettes, frites. La nourriture solide peut aussi être utilisée dans un but non pénétratif, c'est le cas par exemple des biscuits. Son utilisation consiste alors à frotter cette nourriture sur le corps de son ou de sa partenaire ». Nous faisons gré de la partie sur la nourriture non solide, qui a nettement moins de panache.

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Ces recherches vertigineuses sur le web nous ont conduits sur un forum (bestofchat.com) de sitophiles avertis. Nous avons noté les idées les plus avant-gardistes : diablotin49 partage son expérience ardéchoise « mets-lui du fromage fondu sur l’aine », Medusa, œnologue à ses heures, est fort d’une expérience plus sucrée « le nutella c’est plus dur à étaler et c’est plus lourd en bouche ». Baracouda livre humblement sa recette de grand-mère « vous tartinez le corps de votre partenaire avec du tarama à l'aide d'un blinis, puis vous léchez. Ça peut être du guacamole » (ouf, l’œuf de poisson c’est quand même onéreux). La palme revient au canadien Nicobras, sitophile plus physique : « étale un peu de sirop d’érable si tu veux la pancaker ».

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Plus sérieusement, le traitement artistique du rapport entre sexe et nourriture est culturel. Les asiatiques sont sur ce coup-là encore en avance. Leur œuvre en la matière est pléthorique. La vision confucéenne du sexe, décomplexée, a offert des perspectives reluisantes aux cinéphiles sinophiles sitophiles ! On se rappelle de La saveur de la pastèque de Tsai Ming Liang - sorti en 2005 - avec représenté sur l’affiche, le défi olympien d’une pénétration vaginale de pastèque. La pastèque est tantôt rafraîchissante et se substitue à l’eau, elle est l’enfant dans le ventre de la femme, elle est le sexe qu’on ne peut s’enfouir. Dans La marque du tueur du japonais Seijun Suzuki réalisé en 1967, le personnage masculin doit sentir du riz bouilli pour avoir une érection. L’odeur de la papaye verte est un autre exemple du coté du Vietnam. La liste serait longue.

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Sans grande surprise, les vertus aphrodisiaques de la nourriture sont reconnues par la culture hispanique. Dans le film mexicain Como agua para chocolate d’Alfonso Arau, Tita cuisine avec tant d’amour que chaque bouchée est un orgasme assuré (orgasme que sa sœur connait en courant nue après un cheval dans un champ…). Dans Mapas de los senidos de Tokyo, la réalisatrice espagnole Isabelle Coixet rend hommage à la pratique japonaise de consommation de sushis sur le corps de femmes nues. Dans le fameux Jamon Jamon de Juan José Bigas Luna, les seins de Penelope Cruz deviennent une tortilla, quand la bouche Javier Bardem n’est pas rempli d’arroz qui lui donne le pouvoir sexuel des taureaux. Les rapprochements entre nourriture et sexe sont ici volontairement stéréotypés dans un film coloré sur l’Espagne populaire.

Peut-être plus pudibonds à l’écran, les Anglo-saxons ont leur ambassadeur littéraire de la cuisine lubrique : Oscar Wilde. L’auteur compare sexualité et alimentation dans leur tendance commune à nous faire enfreindre la loi. « Les grands plaisirs de la vie, disait l’écrivain, sont immoraux ou illégaux, ou bien ils font grossir ». Dans son livre Portnoy et son complexe, Philip Roth offre au personnage principal, Alexander, la possibilité de se masturber à l’aide d’un steak de foie et d’une pomme dont le corps a été vidé.

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Aux timides qui ne pancakent pas encore leur partenaire, posons la question : alors, sexe ou nourriture ? Jean Yann avait tranché : « il y a bien plus de variétés de plaisirs dans la  nourriture que dans le sexe. Le sexe est trop répétitif. On peut faire 365 repas différents de suite. Faire 365 fois l’amour à sa femme c’est profiter d’elle une fois ».

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