C'est la rentrée ! Et vous avez vu, nous avons été modestes : pas de papiers sur les stylos chez Leclerc, pas de résolutions. Pourtant, le soir, quand je n'arrive pas à dormir, je me fais mentalement les résolutions de toutes mes connaissances. Je me dis tiens, lui, il devrait moins boire. Elle, cette fieffée feignasse, ferait bien de courir plus. Ma mère pourrait parler dans le trou du combinet de façon à être audible. Ce genre d'altruisme résolutionnel qui fait défaut à nos sociétés. Vous n'êtes donc pas à l'abri d'un article sur ma résolution sur les résolutions participatives.

Mais revenons-en à nos moutons. La vraie raison de cette absence de célébration de la rentrée chez People Are Strange est beaucoup plus prosaïque. N'allez pas croire à une baisse de moral, je viens de rencontrer quelqu'un qui remet ses lunettes comme Clark Kent, autant vous dire que je baise la vie façon coyote. Non, la raison de cette ellipse est un relâchement du management, à la rédac.

Si j'étais prof de communication à Sciences-Po (donnez-moi six mois), je dirais même un relâchement de l'épisodiarité narrative en com interne. J'entends des "ta gueule" se murmurer au fond de la salle. Ces sales petits rats seront collés en février, plus aucun respect pour les néologismes qui font mon gagne-pain !

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Notre dernier échange avec la rédac' chef - daté du 4 juillet 2015 (après 2 semaines d'un silence Twin-Peakien) fut des plus vifs : "on peut savoir si tu vas bien ?", m'écrivait-elle, fébrile, depuis sa salle d'accouchement. Chaque année, notre rédac' chef pond un enfant surdoué pour assurer la lignée de notre entreprise éditoriale (loin de moi l'idée de faire du placement de produit dans cette parenthèse trop longue, mais on vend aussi chez People Are Strange des services de com et de brand content).

Pourquoi cet étirement des rapports ? Plusieurs pistes, de mon côté. D'abord ce bellâtre qui enchante mes nuits et me fait claironner du Vivaldi à l'heure où mon voisin s'endort au creux de sa machine aide-respiratoire. Quand vous remarquez une baisse de productivité, cherchez le bellâtre. Ce n'est pas une phrase que disait ma grand-mère, mais elle aurait pu. Autre piste : la goinfrerie des vacances.

En termes plus simples, manger gras me donne envie de dormir et dormir me donne envie de manger gras. Cercle vicieux jamais élucidé par les pontes du redressement physique des émissions de télé-réalité. Depuis le 24 juin, date de déclaration nationale de la goinfrerie éhontée, je suis en roue libre sur le farniente.

En fait, je glande tellement que je mate le clip de Pink en boucle. Je me demande combien d'heures de sport pour avoir un tel corps ? On n'est pas non plus sur du muscle sec-sec à la Diaz ou Aniston. Un corps rond comme le mien devrait mettre six mois à tout péter pour se redessiner comme celui de Pink. Ensuite, passé le réflexe narcissique et névrotique du "comment je serais moi dans ce clip", je me casse le citron sur cette question métaphysique (c'est pas pour rien qu'on m'a choisie pour répondre aux courrier des lecteurs de PAS, des années d'entrainement dans la sphère du néant informatif) : pourquoi le mec qui chante et le mec qu'elle embrasse ne sont pas les mêmes ? Sérieusement, ça me rend folle.

Vous êtes le créa du clip - misérable vermine échappée de Brooklyn - vous devez faire pleurer la trentenaire française en perte de vitesse, pour cela vous voulez qu'elle s'identifie à Pink seule sur son radeau de l'amour, et apparemment vous passez par l'improbable truchement d'une télévision en carton et d'un mec tatoué adepte des bains de minuit. Pourquoi diable provoquer un flou identitaire dans la projection de l'être aimé ? Il faisait très bien l'affaire le gringalet qui chante. Il a le physique du Musset de la variétoche ricaine. Le voilà concurrencé par une bête tatouée hors de propos pas capable d'aligner un plan fixe.

Ça me fout en l'air le manque de discernement de l'équipe créa de Pink. En plus, elle s'appelle Pink alors que ses cheveux ne sont même plus rose.

Du coup, quand je suis déçue par la culture pop néo-90s, je m'en remets aux classiques : Pow Wow et son Chat me font oublier que je n'ai pas d'entrée d'argent fixe prévue pour les six mois à venir. Un coach bien intentionné me ferait remarquer que six mois pour économiser de l'argent et six mois pour perdre du poids font la paire : ne plus acheter de nourriture. Je hais les coach pour leur incapacité à formuler des théories d'ampleur.

Les suggestions Youtube après Pow Wow me conduisent dans l'univers de Teri Moise.

Je me demande alors pourquoi personne ne parle plus de son suicide en 2013 (qui fait d'elle la Whitney Houston française) alors même que Christophe Maé continue de lui piquer tout son phrasé.

Vous l'avez compris, pas de rentrée littéraire prévue chez People Are Strange, même si on a une nouvelle recrue pour la rubrique Screens. Il s'appelle Soja, il écrit depuis Bordeaux et il ne veut surtout pas qu'on lui demande où il en est dans ses crédits habitation. Si l'équipe de direction de People Are Strange trouve le dynamisme nécessaire à l'orchestration bi-annuelle d'une réunion de rédaction, alors nous pourrons adouber comme il se doit cette nouvelle recrue. A l'ancienne. Tête dans kérosène.

Les plus assidus d'entre vous ont remarqué que nous avions lancé une campagne désespérée pour glaner des likes sur Facebook. La carotte ? La rédaction tombe la culotte. Vous l'aurez mes petits coquins cette photo dénudée qui prouve à nouveau que peu importe le contenu, pourvu qu'on ait du cul.

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