Groupe : Low // Album : Ones And Sixes // Label : SubPop

Mimi Parker et Alan Sparhawk, aussi bien sulfureux amants sur scène que respectable couple mormon à la ville, forment avec le bassiste Steve Garrington le groupe Low, qui sort ce mois-ci son onzième album Ones And Sixes.

Le duo est originaire de Duluth dans le Minnesota, ville natale de Bob Dylan, ce qui n'est pas si anodin à l'écoute des textes souvent tranchants et cérébraux de Low. Ajouté au fait que le Minnesota est l'état américain le plus au nord du pays (hormis l'Alaska), on cerne déjà mieux les sentiments glaciaux que peut engendrer l'écoute de certaines chansons.

Mais rangeons nos cordes de nylon et nos lames de rasoir, car au fil des albums, Low a échafaudé sa mue ; la chenille introspective et dépressive s'étant ainsi lentement transformée en papillon torturé, ceci me permettant par la même occasion d'écrire le premier point virgule de mon modeste vécu de chroniqueur musical (je vous l'ai mis en gras vous pouvez pas le rater). JOIE !

Un papillon, donc, aux atours délicats et aux couleurs chamarrées, mais néanmoins toujours quelque peu voilées, se profile à l'écoute de Ones and Sixes.

L'excellent précédent album, The Invisible Way abritait en son sein l'une des plus belles chansons du groupe : "Just Make It Stop", un bijou de luminosité qui, du coup, obstruait légèrement les autres titres (petite douceur de rappel).

Ones And Sixes n'a pas un gros diamant en parure, il s'érige plutôt en collier de perles, ce qui le fait gagner en homogénéité. Pour exemple, le triptyque What Part Of Me / The Innocents / Kid in the Corner. Le premier titre apporte la chaleur et la lumière, le second pose un décor abyssal et désertique (un refrain que n'aurait pas renié un Dave Gahan période dépression), ce mélange détonnant sous forme d'aura dénudé se déversant sur le troisième et l'enrobe de sa naturelle mélancolie.

"Gentle" qui initie l'album est également nécessaire pour nous plonger (ou replonger) dans l'univers du groupe où les voix croisées des deux chanteurs nous font frissonner le dos de plaisir comme le ferait un grand verre d'eau fraîche au milieu du Sahara, ou chez tatie Josiane qui n'a pas la clim' et que de la Suze à l'apéro.

Car l'enchevêtrement des voix de Parker et Sparhawk est vraiment parfaite, les duos homme-femme se révélant souvent dans un registre conflictuel à savoir dominant-dominé (Sonny & Cher), ou voix de tête-voix de poitrine (n'importe quel duo Hip Hop ou RnB, y'en a moult) ou encore miauleuse-aboyeur (Céline Dion / Garou), la combinaison vocale est ici complémentaire, solidaire et complice comme un vieux couple (CQFD les tourteaux se connaissant depuis la primaire, et oui j'ai écrit tourteau à la place de tourtereau c'est plus rock'n'roll y'a pas de raison que ce soit toujours les piafs les représentants de l'amour, les crabes ont aussi un cœur sous leur carapace, fin de cette parenthèse interminable dans deux mots ringards, voili-voilou).

Pas blasés, droits dans leurs bottes qu'on devine fourrées pour l'hiver nord-américain, Low, après tant d'albums est toujours aussi saisissant voire poignant de sincérité dans leur art, un ensorcellement sans cesse renouvelé chanson après chanson. Comme disait Stallone-le-critique-musical-boxeur : Low rend beau.

Bonus avec "What Part Of Me" en live au Franprix de Walnut Grove :

Pas de clip officiel pour l'instant (bouh les fainéants !), voici en guise d'amuse-bouche la vidéo promo de Sub-Pop qui s'était pas foulé-foulé non plus. No comprende :

Photo titre stereogum.com