Il y a quelques temps, j’ai posté une chanson sur la page de mon émission de radio (pas d’utilisation prolongée sans avis médical, l’abus de poussière est dangereux pour la santé). Il s’agissait d’une reprise par Al Green de I want to hold your hand des Beatles.

Avec ce sens aigu de la formule qui caractérise (presque) toutes ses interventions, la douce Violence me faisait remarquer ceci : « quand j’ai envie d’écouter les Beatles, j’écoute Al Green. »

Al.Green

Il arrive en effet que certaines reprises parviennent non seulement à ne pas trahir le sens de la chanson originale (sans quoi il serait inutile de la reprendre), mais également à lui apporter une dimension supplémentaire, une facette plus ou moins soupçonnée que le talent seul de leurs auteurs pouvait révéler.

La reprise devient alors un palimpseste musical, soit la production de nouveauté à partir de l’ancien. Cependant, les reprises de cet ordre ne sont pas nombreuses. En voici quelques-unes.

Al Green pour commencer. Sur son deuxième album, le révérend transformait cette chaste composition en une vibrante explosion de joie et de désir sexuel qui ne demande qu’à s’épanouir.

96 tears est le grand succès de "? & the Mysterians", sorti en 1966 sur leur premier album éponyme. Un an plus tard, Big Maybelle donne à ce titre sa version définitive.

Donny Hathaway mériterait d’être reconnu comme une des voix majeures de la soul. J’en veux pour preuve son interprétation remarquable d’intensité de l’inoubliable mea-culpa de John Lennon, sortie sur son album Live en 1972.

Pas facile de départager les deux titres suivants. Suivant mon humeur, je préfère la version plus froide et rageuse des Pretty Things ou l’original débridé de J.J. Jackson. Je vous fais juges.

Titre fondateur du Rock and Roll sorti en 1951, le Sixty minute man de Billy Ward & The Dominoes évoque les prouesses sexuelles de son chanteur. Le rocambolesque Rufus Thomas en fait une inoubliable épopée incantatoire.

« La plupart du temps, je ne remarque même pas son absence/La plupart du temps, je ne pense pas à elle. » On voit clair dans le jeu narratif de Bob Dylan sur Most of the time. Il n’empêche que le procédé est brillamment construit et sa douce amertume particulièrement frappante dans la version de Sophie Zelmani.

En 1959, Phil Phillips enregistrait Sea of love, a priori sans y rien voir d’autre qu’une tendre requête d’affection. Et c’en était une bien belle en vérité. Trente ans plus tard, Tom Waits lui donnait une tournure bien plus sombre, l’élément liquide devenant dans sa version le lieu de tous les dangers. Pour notre plus grand plaisir, évidemment.

À suivre.