Dimanche dernier, je briefais mon élève sur les genres littéraires quand survint, lors d'une parenthèse sur le style baudelairien miné par la mort, gonflé par la perte et tarabiscoté par la dépression, le terme "esthétique".

Yeux effarés, lèvres pincées, profonds sillons sur le front, ma jeune pupille butait contre le mur berlinois du désarroi avec un air de chaton d'appartement largué au bord de la nationale.

"L'esthétique, c'est la beauté ?" tente-t-elle.

"Ça peut. Le laid peut aussi être beau. L'esthétique est un équilibre, un ensemble d'éléments harmonieux dont se dégagent des caractéristiques."

Les photographies d'Aëla Labbé, issues de la série "L'absente", saillaient telle une mitaine bien coupée à l'illustration de cette découverte. Le chaton recueilli observe de ses mirettes en amande les clichés de l'artiste française, installée en Hollande, où elle exerce dans la danse et l'art.

L'esthétique d'Aëla Labbé a pour principe la mise en scène poétique du malaise, l'analyse type freudienne et lyrique des chimères dénuées de logique, dans une atmosphère embrumée propre au rêve.

L'élève a-t-elle bien saisi le propos ? Ce qu'il y a de sombre, d'effrayant, et même de morbide, peut être esthétique, et, en plus, beau ? Tout à fait ! L'esthétique prime ; beauté et laideur sont questions subsidiaires en demeure.

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