Auteur : Derf Backderf Bande Dessinée : Trashed Éditeur : Çà et Là

Derf Backderf est un dessinateur initialement connu aux États-Unis pour avoir publié pendant plus de 20 ans un strip à succès (une BD de 3-4 cases genre Snoopy), The City, et qui s'est attelé sur le tard à la réalisation de romans graphiques à caractère souvent autobiographique avec un succès certain.

image002 The City : Éditeur français sortez vous les doigts du taille-crayon svp

On dit souvent qu'il est difficile voire impossible de se relever après une critique unanime lors d'une première œuvre, cette dernière étant trop envahissante pour laisser vivre ses prochains. Des chanteurs comme Van Morisson et son Astral Weeks ou Patrick Hernandez avec Born To Be Alive peuvent en témoigner et par extension nous faire frôler le grand écart artistique. Pourtant, Trashed, le troisième roman graphique de Derf arrive sémillant non pas après un chef-d'œuvre critique mais deux, à savoir "Punk, Rock & Mobilhomes" (souvenez-vous les Crayons Électriques) et surtout "Mon Ami Dahmer" retraçant l'adolescence de l'auteur au côté d'un futur tueur en série et qui fut grassement récompensé de par le monde (la BD hein, pas le serial-killer, vous me suivez ?). L'histoire est simplissime : après avoir arrêté la fac, J.B. végète chez ses parents. Pour échapper à la vindicte matriarcale il accepte le premier job qui vient, en l'occurrence éboueur. D'abord dégoûté puis vite désabusé, J.B. découvre un métier certes peu ragoutant mais finalement suffisamment singulier et varié pour ne pas s'ennuyer ferme et déprimer.

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Et c'est tout ? C'est Oui-Oui chez les boueux me direz-vous plein d'une morgue réprobatrice mais néanmoins compréhensible. Oui c'est tout, mais Backderf est doué pour regarder au fin fond du jaune fatigué de l'œil de l'Oncle Sam. Cette modeste fable se transforme en critique acerbe de l'American way of life. Quand les parangons de l'écologie moderne se rengorgent à grand coup d'effet de serre, de réchauffement climatique et vous reprendrez bien un peu d'énergie renouvelable, des choses assez abstraites au final pour le pékin moyen, l'auteur, lui, gratte le fond de sa poubelle pour y trouver la lie de la société de consommation mondiale.

Sans transition, ce petit tour en camion-benne au delà des réflexions environnementales offre également un voyage en première crasse (rires frénétiques de l'audience) chez le yankee banlieusard du plus maladivement méticuleux jusqu'à l'innommable pourceau. Personne n'est épargné.

Au fond du sac poubelle réside l'intimité la plus nue de l'humain, un monde étrange, un voyage en terre incongrue (mince comment on fait le smiley qui fait un clin d’œil ? Bon tant pis). D'abord réticent à s'y tremper les mains, le héros s'y plonge ensuite entièrement avec délectation avec pour conséquence une multitude d'anecdotes qui nous éclaboussent comme un fruit trop mûr contre un mur et cette rime riche est tellement belle que je crois que je vais la proposer à Francis Lalanne. Le lecteur finit par inexorablement faire corps avec les boîtes à ordures, un peu comme le petit Grégory avec son sac poubelle si l'on veut oser une comparaison en finesse et bon goût. En conclusion, sans être donneur de leçon ni proposer de solutions révolutionnaires en se positionnant comme un déChet Guevara ordurier (smiley clin d'œil, deuxième), Derf Backderf a enfanté un recueil écolo tout en justesse et humour qui donne presque envie de se responsabiliser et de parfumer ses poubelles à l'eau de Cologne en guise de reconnaissance au dur labeur de ces forçats de l'immondice.