Artiste : Bachar Mar-Khalifé Album : Ya Balad Label : InFiné
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L'artiste consterné par le néologisme douteux du titre

Ya balad est le troisième album studio de Bachar Mar-Khalifé, artiste libano-français, fils de Marcel Khalifé, oudiste reconnu dans le monde arabe.

Enfant de la balle, il fut contraint d'en esquiver beaucoup avant de fuir son pays  à 6 ans pour cause de guerre civile libanaise. Ses parents trouvèrent refuge à Paris, grand terrain de jeu culturel dans lequel il s'ébroua volontiers tout en jardinant sans cesse à la préservation de sa petite plantation secrète d'essences orientales.

Au fil des années, porté par son père et par les éprouvantes et rigoureuses leçons du conservatoire de Paris, il se mue en multi-instrumentiste poète, confrontant souvent ses cordes vocales indociles à celles de son piano.

Ya Balad (des gens heureux, pardon c'est sorti tout seul) est une promenade singulière à la croisée des chemins rock, électro et jazz ; un équilibre parfait cimenté par un délicat houmous parfumé, celui que l'on savoure au sud-est de la méditerranée la tête pleine de fragrances occidorientales...

image003 L'artiste marri que l'on puisse comparer sa musique à une purée de pois chiches

L'album s'ouvre sur Kyrie Eleison, splendide prière aussi poignante que profane comme un voile noir posé sur son piano, linceul sur ces années guerrières qui lui coutèrent l'exil.

Après cette mise en train primesautière et légère, Mar-Khalifé a le bon goût de ne pas sombrer dans le pathos puisque les deux chansons suivantes Balcoon et Lemon (brillamment composé avec sa mère) présentent des rythmes reggae et électro et nous élèvent en une gigue clandestine au-dessus des frontières.

On touche au sublime lorsque l'artiste invite pour un tour de chant l'actrice iranienne Golshifteh Farahani (vue récemment avec Louis Garrel dans "Les Deux Amis") pour une reprise de la berceuse Yalla Tnam Nada d'une mélancolie si profonde mais tellement gracieuse qu'on la devine inspirée par sa paternité récente.

Enfin, dans la famille "imparable talent suscitant admiration et jalousie" après la mère et le père, je demande le frère et j'obtiens une fois de plus bonne pioche avec Ya Balad, chanson-titre de l'album composée avec le frangin Rami (du groupe Aufgang), d'une singulière et noire beauté.

image005 L'artiste tournant le dos aux figures de styles surannées de l'auteur

À l'heure où des milliers de personnes fuient des pays ensanglantés et moribonds pour des nations suffisantes et rétives à les accueillir, B.M.-K. construit patiemment par-delà les barrières douanières, un pont harmonique céleste d’où l'on peut aller et venir sans contrainte (Yves Duteil aurait pu dire ça). Et même si ça ne fait pas avancer le schmilblick actuel, on est un instant tenté de croire qu'il est encore possible de vivre tous ensemble au travers d'une musique universelle un peu comme dans un scénario de Scoubidou.

Kyrie Eleison... réalisateur amateur ou non, merci de faire un écrin à ce petit bijou.

Enfin, un long passage pour un concert chez le Taratata marocain, avec un animateur plus myope que Nagui mais tout aussi excité.