Amis, qu’avons-nous entendu jusqu’ici ? Le premier épisode de cette série était relativement restreint, nous entraînant principalement dans les années 1960. Le second faisait feu de tout bois, s’étendant allègrement des années 1950 au XXIe siècle. Dans le premier, je disais que le champ des véritables renaissances musicales était relativement limité. C’était parler trop vite. Il est en réalité bien vaste, si vaste que pour le parcourir comme il mérite de l’être, il ne faudrait pas trois épisodes mais une bonne centaine. Au bas mot. Que ce modeste aperçu soit donc pour le lecteur une invitation à compléter la liste lui-même, et, comme l’auteur de ces lignes, à s’esbaudir de la faculté inouïe qu’ont certaines formes apparemment figées à renaître.

Tout le monde s’est essayé au Light My Fire des Doors : Shirley Bassey, José Feliciano, et même Julien Doré pour le concours télévisé de la Nouvelle Star. Il faut dire que cette chanson a tout pour plaire. Son évidence, la simplicité de sa mélodie, son allusion à peine voilée aux paradis artificiels, tout cela produisit des velléités de reprises plus ou moins bien inspirées. À mes yeux, la plus intéressante vient de Julie Driscoll. Accompagnée de Brian Auger & The Trinity, elle avait déjà, un an plus tôt, su porter This Wheel’s On Fire de Dylan aux sommets des classements anglais. On trouve sa version de Light My Fire sur son album Streetnoise.

Lena Horne n’a pas la voix d’une fille qui aime dormir seule. Même lorsqu’elle chante un meurtre, comme celui du Rocky Raccon des Beatles, elle le fait sensuellement. Ou alors dites tout de suite que c’est moi. En tout cas, quand j’ai envie d’écouter le White Album, j’écoute Lena Horne.

C’est l’histoire d’une femme qui implore sa rivale de ne pas lui voler son homme. Tragédie grecque ? Non, Country Music dans la splendeur étincelante de ses sentiments contradictoires. Cette création de Dolly Parton, les White Stripes l’ont sublimée, Jack White se couvrant audacieusement le visage du masque de la plaintive.

Cette renaissance-ci est d’autant plus belle qu’elle dépasse les questions de genre. À double titre : d’abord, les sonorités country originales d’Harlan Howard se muent en Rhythm & Blues, montrant – s’il en était besoin – la porosité de la frontière entre les deux écoles ; ensuite, on passe du elle (She Called Me Baby) au il dans la reprise de Candi Staton. Périlleux mais ô combien réussi.

Comment reprendre la symphonie de poche de Brian Wilson, Good Vibrations, et ne pas se casser le nez sur les écueils menaçant celui qui veut récréer un bijou sans les conseils du joaillier ? À l’image de l’Electric Piano Playground, il faut peut-être laisser la déférence de côté et tordre la pièce en tous sens, jouer avec son cœur pour voir s’il est aussi pur qu’on le prétend. Il semble qu’il le soit.

Elvis Presley se présente au Ed Sullivan Show – et par là même au grand public américain – le 9 septembre 1956 avec trois titres sous le bras : Hound Dog, Love Me Tender et Don’t Be Cruel. Ce dernier est une composition d’Otis Blackwell, l’immortel auteur de Fever et Great Balls Of Fire. Si la version d’Elvis penchait franchement du côté de la légèreté, celle de Billy Swan ralentit le tempo pour maintenir la chanson en équilibre sur le fil séparant le cri de douleur de l’hymne à l’amour.

La plus étourdissante pour la fin. Le morceau de tous les superlatifs, la merveille, le classique, le palimpseste musical à son apogée, celui qui a inspiré cette série d’articles. La seule reprise de Dylan qui ait fait dire au barde de Duluth : « Depuis qu’il est mort, je la joue à sa façon. C’est étrange, quand je la chante, j’ai l’impression de lui rendre hommage. » Seul Hendrix pouvait changer ceci en cela :