Live Report Groupes : The Last Morning Soundtrack et Anonymous Choir Lieu : Antipode, Rennes  

Treize décembre. Un mois pile après que des feux d'artifices létaux aient salement illuminé une salle de concert parisienne...

J'avais, depuis le drame, déjà refoulé les parquets collants de houblon des salles de bals pour bouger mes poignées d'amour sur le punk-rock savoureux et jouissif des JC Satan.

Mais, s'il faut bien que le corps exulte, disait Jacques Brel, la tête était restée rivée en direction des issues de secours au cas où un fondamentaliste de la galette-saucisse fasse sauter trois bouteilles de cidre au nom de l'indépendance armoricaine.

Cette fois-ci, j'aggravais mon cas d'incurable pétochard en conviant ma femme et mes enfants à cette représentation dominicale (voir l'affiche pour le concept) et même s'il ne faut pas avoir peur, comme certains vaillants philosophes bien au chaud sous leur gilet pare-balles de plateaux télé blindés disent, je ne pouvais éviter une légère appréhension.

Les lumières s'éteignant sur ce sentiment amer de poltronnerie, j'expliquais calmement à ma fille qu'il était inutile de ronger le fil des enceintes pour bien entendre la musique, quand les premières notes de The Last Morning Soundtrack coupèrent court à cette leçon d'éducation.

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Auteur-compositeur-interprète, Sylvain Texier défend ici son second album, Promises Of Pale Nights sur un trio violoncelle-guitare folk-piano accompagné de deux musiciens aussi talentueux que souriants : Juliette Divry et Gérald Crinon Rogez. L'artiste flirte avec une folk gracile et délicate lorgnant du côté de Sufjan Stevens et Peter Van Poehl.

Mise en scène sobre pour mieux nous concentrer sur le timbre particulier du chanteur et la pureté des instruments, notamment le violoncelle, je fus arraché de mes obligations parentales qui consistaient à essuyer distraitement le filet de bave dégoulinant de la bouche bée de mon fils, lequel voyait un piano à queue pour la première fois, pour apprécier une admirable entrée en matière identique à l'album, le diptyque As Lonely As I Am / Our Wasted Sighs, une grosse caisse enthousiasmante s'invitant sur le second morceau.

Les titres s'enchaînaient dans une ambiance plus que détendue - le groupe n'hésitant pas à tailler la bavette avec le public - et j'en étais à expliquer au fiston que non, la bière n'est pas une alternative concevable à la pénurie de jus de raisin et que de toute façon j'avais craché dans mon verre. Alors, les touches du piano vinrent planter dans mes tripes une somptueuse banderille. Les premiers instants d'Echoes Of Our Days, sommet du concert et de la jeune discographie de l'intéressé furent d'une intensité émotionnelle et d'une simplicité si désarmante qu'elles pénétrèrent instantanément ma poitrine.

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Un rappel réussi sur la meilleure chanson du premier album (The Last Chapter - A Distance A Lack), des applaudissements nourris laissent place, une fois n'est pas coutume, à un entracte tout en rires, jeux et bouches pleines de gâteaux, enfants obligent.

J'en étais à désincarcérer la tête de ma fille d'une chaise pliante tout en donnant un faux nom à une dame exigeant réparation quant à la peinture chocolatée tribale de mon gamin sur sa jupe Desigual, quand arrivèrent sur scène Anonymous Choir pour leur tour de chant.

Nona Invie, membre du groupe Dark Dark Dark, fonde en 2011 l'entité Anonymous Choir ayant pour concept la reprise de standards folk sous forme de Piano-Chorale. Au premier abord, on pourrait penser que la formule sonne un tantinet petit "chanteur à la voix de bois", mais la beauté des tessitures et le choix judicieux des titres apportent paradoxalement à ce mode de chant quelque peu suranné, une seconde jeunesse aux chansons. Un peu comme Madonna avec le collagène.

Son dernier album est un hommage à Leonard Cohen, très réussi avec pour point d'orgue une réinterprétation de son inoubliable Chelsea Hotel No 2 aussi éclatante qu'un dentier de politique.

Accompagnée de quatre jeunes femmes (Annika Kaplan, Erin Smith, Emily Temte et Alyssa Hill), Mrs Invie impressionne d'emblée par son charisme naturel et l'aura qu'elle dégage derrière son piano.

Persuadé que la formation ne reprendrait que du Cohen, la première chanson me laisse perplexe. Grand fan du patriarche canadien, je n'arrive pas à reconnaître de quel album est tirée cette dernière. Ma voisine me glissa qu'en fait il s'agissait d'une reprise de la fameuse Linda Ronstadt. Tout en décrochant mon fils (ma bataille) du projecteur sur lequel il cochonpendait, je lui souriais d'un air entendu tout en notant mentalement de visiter la fiche wiki de cette Ronstadt.

Le groupe a ensuite décidé de varier les plaisirs en ce dimanche hivernal puisque suivirent des covers de Joni Mitchell, Curtis Mayfield ou Irma Thomas où les chœurs éclairés des quatre muses donnèrent à merveille la réplique à la voix éraillée de Nona Invie. Laquelle menait sa barque de main de maîtresse avec l'autorité implacable d'une prêtresse dévolue au dieu harmonie.

Les enfants déposés à la garderie avec moult menaces d'abandon et d'annihilation de festivités de Noël, je tombais en pâmoison devant une reprise d'une autre idole canadienne, Neil Young, avec un extrait de l'album After The Gold Rush, la plus belle lapalissade du rock américain : Only Love Can Break Your Heart.

Leonard Cohen est enfin mis à l'honneur dans la seconde moitié du concert, Bird on a Wire, Hey That’s No Way To Say Goodbye, Winter Lady, The Partisan (avec son passage dans la langue de Molière caressant le handicap linguistique du français moyen dans le sens du poil), mais surtout I'm Your Man vibrante d'une beauté naturelle de bout en bout.

On délaisse le rappel pour retourner chercher nos charmantes têtes blondes et distribuer aux animatrices des adresses de psychologues spécialisés dans le blackout et on repart pimpant et gonflé de plaisir de cette parenthèse dans la grisaille de décembre.

Et cette peur insensée de l'assassin dans tout ça me direz vous ? Envolée, avec les premiers accords ou comment soigner l'indicible par l'invisible pouvoir des instruments et des voix.

Bonus vidéo avec le clip bucoliquissime d'Echoes of Our days de LMS : Une session acoustique de The Partisan qui vous adoucit la (Leonard) couenne :