L'Extra-Terrestre est reparti de notre Système Solaire.
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Y a-t-il vraiment habité ou Bowie était-il juste une créature mi-homme mi-poussière d'étoile ? Déjà, il avait ce physique à faire pâlir de jalousie un adorateur des mondes chimériques de la science-fiction. Ces yeux félins bicolores (qui ne sont en fait pas naturellement vairons mais le résultat d'un mauvais coup à la pupille durant ses années d'adolescence) et ce faciès de druide cosmique, taillé à la serpe, le desservirent autant qu'ils fascinèrent trois générations d'amateurs de musique protéiforme. Car sa musique, à l'image de ce corps filiforme, était parfaitement sculptée pour des grands écarts stylistiques allant du glam au pop-rock, de l'expérimental à l'électro. Il était l'E.T. qui pointait nostalgiquement un doigt vers le ciel tout en enfonçant deux autres dans son ampli électrique.

En 1971 avec "Life On Mars ?", Bowie posait la question d'une éventuelle vie martienne. La réponse éclata l'année d'après en la personne de Ziggy Stardust, son alter ego mégalomaniaque aux cheveux aussi rouges que les terres arides de ladite planète. On découvrit alors un Ziggy siégeant en haut de l'Olympus Mons, point culminant du monde écarlate et de la riche carrière du musicien. Las, son clone maléfique et despote repartit dans ses contrées avec ses adorateurs, le laissant seul au pied du mur... à Berlin. Une ville alors coupée en deux, où le temps de trois albums, il réapprendra à n'être plus qu'un.

En 1980, "Ashes to ashes" incinère ses années 70 et vient le Bowie dansant des années MTV, parfois irritant et grotesque (le duo avec Jagger s'avère être une chanson aussi imbuvable qu'est impayable le clip), parfois encore stratosphérique (l'oubliée Tumble And Twirl est une plaisante oasis dans le désert fluorescent des eighties). Gros succès commerciaux également, les minets des dancings aimant faire tinter les glands de leurs mocassins sur Let's Dance, Bowie est au sommet de sa notoriété mais de son propre aveu dans son nadir artistique. Tout comme sa filmographie, où ici encore, sa gueule de visiteur céleste lui valut des rôles si excentriques et singuliers qu'on pourrait l'affubler du surnom d'(é)toile filante du grand écran, et ce malgré quelques pépites météoriques comme Furyo ou Dune.

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Redescendu sur Terre, il la creuse avec un album rock organique mais bien vite, le souffle du vent cosmique replace sa voix lactée en orbite. En oracle croque-notes, il prédit l’avènement des machines et conçoit avec un autre petit homme vert complice, l'élégant Brian Eno, l’électro album "1.Outside" dans lequel il insuffle le cheveu gras et l'énergie des ados grungy ainsi que la morgue et l'impétuosité de l'indus des années 90 (il voyagera en concert d'ailleurs avec Nine Inch Nails pour ce qui restera l'une de ses meilleures tournées).

Plus rare de 2000 à 2015 (3 albums quand même), il sort le 8 janvier 2016, jour de son 69ème anniversaire, "Blackstar" sur lequel figure le vibrant Lazarus au clip si poignant où on le voit sur le lit d’hôpital amaigri les yeux bandés. Il meurt 3 jours plus tard. Lazare le ressuscité biblique comme autant de renaissances dans les réécoutes de la monstrueuse discographie du sieur, qui, baluchon sur son épaule malingre, est parti conquérir une autre partie de l'univers.