Si vous avez suivi les Césars et la lourde tête de Garrel dans les seins de Forresti (il n'y a pas eu que cette seule frasque romanesque, Florence a aussi sexté Vincent Cassel...), vous savez que Le repas dominical a reçu le César du meilleur court-métrage 2016.

Vous avez passé le barrage neuro-psychologique des Césars Costumes / Son / Lumière / Décors qui, avouons-le même si on bosse dans la culture, donnent envie de se fourrer du pain de mie dans l'oeil. Alors, patients comme vous êtes, après avoir pleuré la fraîcheur perdue d'Emmanuelle Béart et applaudi la fraîcheur retrouvée de Carole Bouquet (c'est pour cela et rien d'autre que vous regardez la cérémonie bande de limaces RTTistes voyeuses !), vous avez été témoins de l'émouvante montée des marches de la jeune Céline Devaux.

Jambes de canette frêles, silhouette de sylphide parisienne relevée d'un trait rouge sur les lèvres, yeux mouillés-paillettés rivés vers la coupole altière qui surplombe le théâtre du Châtelet (pendant que certaines passent des robes Balenciaga, je toussote sur mon Bescherelles pour toquer chez Gallimard).

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Elle a remercié tout le monde, comme il se doit, avec un mot particulier pour sa star de doubleur à la voix suave, Vincent Macaigne - qui détient le pouvoir trouble de faire tomber les culottes en toussant.

Vous aviez peut-être déjà vu Le repas dominical au festival du court-métrage de Clermont-Ferrand en février (entre deux courts sur le suicide terroriste d'un unijambiste, ou le cancer fulgurant d'un bègue pakistanais). Céline Devaux y avait rafflé son premier prix.

L'histoire, simple, fait vivre en 13 minutes intenses de créativité, le doux-amère des réunions familiales.

Jean n'a pas dormi de la nuit et se rend le dimanche midi chez ses parents, battant son record de 48h d'ivresse ininterrompue. Commencent alors les conversations d'usages et autres hold-ups affectifs.

Le dessin, épais mais agile, virevolte sur une page jaunie façon kraft. L'écriture, cinglante et contemporaine, tranche avec une musique entêtante (signée Flavien Berger), fichtrement raccord avec l'enivrement ambiant.

La mère - almodovarienne - de Jean empreinte une figure mythique, réveille nos instincts psychés dans une séquence "souvenirs obsènes" magistrale. Ses réminiscences d'aventures lesbiennes adolescentes ne passeront malheureusement pas le gigot...

L'originalité de la traduction des sentiments en image fait que chez Céline Devaux, on danse sur la tristesse.