L'autre jour, un journaliste couperosé féru de phrases chocs nous demandait comment était la femme People Are Strange. Je faillis répondre "joueuse, comme ta mère", mais ravalai ma salive : les médias enfantent de plus en plus d'orphelins et personne ne nous interview jamais.

Depuis, j'y pense tout le temps.

Comment est la femme People Are Strange ? De quel bois se chauffe-t-elle, cette adorable salope ?

Ca dépend, me souffle à raison mon directeur de communication. En 2016 ou en 2017 ?

Car si la femme People Are Strange 2016 avait les reins saucissonnés dans de la soie noire et froufrous rouges (façon Bellucci pré-ménopause), en 2017, la femme People Are Strange ne s'alimente plus. Elle évite ainsi tous les problèmes liés à la prise de poids et au vieillissement.

Sa radicalité, sa douceur exaltée et ses mollets de poulet la différencient des autres femmes modernes.

La femme People Are Strange 2016, comme la femme Balenciaga ou Lou Doillon, s'en fout de tout. Elle balade son manteau boyfriend dans la capitale du menton haut. Elle dit "What the fuck" et "J'ai pas de carcan" à tout bout d'champ. Elle n'a pas de problème d'argent. Elle lit parle et écrit le mandarin.

Masculine, elle fourre sa pipe entre ses dents, déchire à la hussarde ses marcels noirs et mange des chicken wings à minuit.

En 2017, la femme People Are Strange est "terrienne". Elle se sent concernée par ce qui se passe en Syrie. Elle vote Bernie Sanders et recycle.

Elle est Andie MacDowell dans Le jour le plus long saupoudrée de Michelle Pfeiffer dans Esprits rebelles. Elle est cinéphile, mais de la vieille école.

Elle est intellectuelle lorsqu'elle écrit des lettres à Michel Onfray.

Elle est sulfureuse quand elle découvre la définition de "vesse".

Elle joue du violon avec des chèvres dans un ciel étoilé, quand elle ne vit pas un flirt lesbien avec Julia Roberts.

Elle boit du lait, s'en renverse sur la lèvre inférieure, rit joyeusement de sa maladresse. Elle aurait pu être Catherine Deneuve, mais elle n'a pas le temps.

Comme la femme Chloé, elle s'amuse seule dans son bain, ne décroche pas au téléphone, fourre sa tête dans des pots de fleurs.

Elle est aussi introvertie que cochonne, anecdotique que pragmatique, blanche que noire.

Elle est plus Françoise Hardy qu'Etienne de La Boétie.

Elle est un peu vous et moi. Une femme qui n'a ni doute ni menstruation.

Une femme hypnotique, une femme étrange, une femme People Are Strange.