À ma conseillère pôle emploi :

Je vous vois. Je vois vos yeux, je vois vos lèvres et vos doigts qui en essuient inlassablement les commissures, sèches pourtant.

Je vois votre dédain, votre mépris et votre condescendance. Ils suent dans vos mots, votre lenteur de diction, vos gestes redondants. Je vois votre dégoût face à ma situation, je vois votre fausse énergie tentant de me faire rentrer dans le moule qui vous arrange, pour les petites cases qui vous arrangent. Je vous renifle, vous tourne autour.

Je vois votre retraite approchante, je vois votre déconnexion totale avec le monde connecté. Vous me montrez vos failles sans même le savoir. Ma proie. Votre odeur. Je vois une femme complètement robotisée dans ses gestes et son discours, comme une télé-opératrice me poserait la question sur le même ton, tant que je n'aurais pas répondu par « oui » ou « non » ; « peut-être » n'existe pas, madame, veuillez reformuler votre réponse. Qui êtes-vous ? Dormez-vous la nuit ?

"Au fond du puits de vos orbites, j'escalade les parois ruisselantes de boniments"

J'ai besoin de vous invectiver, de vous provoquer, de soutenir votre regard creux, d'y plonger pour me chercher. Au fond du puits de vos orbites, j'escalade les parois ruisselantes de boniments. Mais ils ne prennent pas sur moi. Vos mots sont des flèches empoisonnées persiflantes que j'esquive du mieux que je peux.

Je me tortille, je jongle assise sur une fesse puis sur l'autre comme l'enfant impatient.

Vous me toisez et j'entends ce que vous en pensez.

C’est votre propre vide qui met de la matière en face de moi.

À la médecine du travail :

Je vous ai vue, vous. Vous et votre sécheresse dermique me demander si je faisais du sport. Votre logorrhée inversée. Le cul pincé qui vous sert de bouche me reposer toutes les questions que votre secrétaire m'avaient « débroussaillées ». Je vous ai vue ne pas écouter mes réponses, attendant seulement les suspensions vous permettant de placer, en guise de ponctuations finales, vos obligations médicinales. Sanitaires.

Je vous ai vue me parler comme à une enfant, ordonnant, sans liant, sans aucune forme de sympathie, sans aucune humanité. Ici, là. Stop. J'ai chargé mes réponses de patience alors que vous ne les écoutiez pas. J'ai feint la compréhension lorsque vous prodiguiez vos conseils : changez de site. Non madame. Qui croyez vous encore duper avec votre air autoritaire ?

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À la hiérarchie :

Je vous verrai, madame. Vous et vos sourcils toujours froncés. Votre sourire inversé. Je me suis excusée, et vous m’avez taclée comme on prive un enfant de dessert. Vous avez cru qu’il fallait asseoir votre autorité coûte que coûte. Je vous verrai encore demain, pourtant j’aimerais que ce soit la dernière. J’ai vu vos yeux rouler de haut en bas dans le scanner qui vous sert de regard. J’ai senti le mépris et le dédain si fort, que je n’ai eu d’autre solution que me replier. Vous m’avez fait capituler contre mon gré et je ne vous en suis pas reconnaissante.

Vous trois, vous faites sortir mon démon, celui qui, toutes les nuits je combats, et tous les jours j'endors. Et vous, en quelques mots, vous le déchaînez. Comprenez mon exaspération. Et ne la prenez pas à la légère, mais la subtilité vous manque. Vous pensez que l'on peut séparer ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire comme un jaune d'un blanc d’œuf. Rappelez-vous que parfois, le jaune crève.

Faites-le rentrer dans vos champs à choix limités maintenant. Je vous en défie.

Croyez-moi et soyez-en sûres, mesdames, que vous ferez partie, sous peu, des têtes que j’épingle au tableau de ma psy.