Par Anna Rios-Bordes

La série Baskets, co-écrite par Louis CK et Zack Galifianakis - qui tient le rôle principal, offre un des meilleurs incipit sériel de l'année (boudé par la critique).

louis-ck-baskets

Pilote. Le clown américain Chip Baskets (nom de scène, Renoir) essaie d'impressionner son prétentieux professeur de L'Académie de Clowns Français. Muni d'un voile, il rate son mime allégorique, et se mouche. Le prof le traite de Ronald McDonald.

zach-galifianakis-baskets-screengrab_bgrel2

Déconvenue pour Chip, l'ouverture de Baskets est surtout un prétexte pour poser la construction scénaristique de la série (sous forme de flahbacks), et poser le style, davantage illustré dans l'épisode 4, sorte d'univers Fellinien filmé par Judd Apatow.

L'épilogue inscrit le héros dans un va-et-vient mental - qui opèrera tout au long de la saison - entre son présent prosaïque en terre maternelle (Bakersfield, Californie) et son passé sulfureux au pays du Mime Marceau.

baskets

Non diplômé, affublé d'une Frenchie à la recherche de Green Card (la désœuvrée Penelope), Baskets rentre au bercail.

Tous les jours, il se rend au boulot dans un stade de rodéo en rollers - il a planté son scooter. Tous les jours, sa femme le fout dehors du Motel (lui préférant un musclé féru d'écran plasma). Tous les jours, il se rapatrie chez sa mère boulimique...

louieweb

Coup de génie : Mama Baskets. Remarquablement interprété par Louie Anderson déguisé en femme, Mama Baskets a une hygiène de vie rodée : télé-donuts-célébrités. Plus vive qu'elle en a l'air, la mère de Chip a enterré son homme dans du ciment au bord de la nationale, près de la voie ferrée d'où il s'est jeté, et a vu partir sans se retourner ses jumeaux adoptés. Elle s'occupe désormais des finances et des amours de son clown de cadet.

louie-anderson-baskets

Car l'argent ne reste pas dans les poches de Chip. Dans cette série qui mature les questionnements de jeunesse (ne pas rentrer dans le rang, aller au bout de ses rêves), aspirations et économies ne font pas bon ménage.

Le frère jumeau de Chip, aussi interprété par Zack Galifianakis, se gargarise de sa réussite financière. Jusqu'au moment où il craque, et reconnaît être en train de passer à côté de sa vie.

Les jumeaux sont deux versants du pathos de la quête d'épanouissement.

baskets-louie-anderson

Où qu'il soit, Chip n'est pas chez lui. Chez Penelope, chez sa mère, au centre de l'arène. Même quand il circule, il est emprunteur (d'une vie de californien cool en mini-short). Il s'avance vers la quarantaine, convaincu d'une seule chose : il EST clown.

La série Baskets observe le principe opératoire du ridicule. Comment le ridicule se manifeste socialement, comment il se conjugue, ou au contraire, s'entretient. Chip n'a pas pleinement conscience des humiliations qu'il vit. Il déjoue la honte par le grotesque.

"Comment le ridicule se manifeste socialement, comment il se conjugue, s'entretient"

C'est sur cette ambiguïté que repose la recherche en "dramédie" de Louis CK. La sentence de Penelope : "You look like a clown, but you're not a clown", résume à merveille cette mécanique.

baskets

Baskets s'inscrit dans la tradition américaine du rire de l'ordinaire, des petits riens (Jerry Seinfield). Tradition couplée à l'attachement des comédies aux loosers arrogants (Kenny Power, Arrested Development). A Louie, héros fatigué de la série de Louis CK, Baskets emprunte le caractère "compressé" (passé sous rouleau compresseur), figé dans sa nullité.

louie-feat-1

Sauf que Louie n'a pas de souffre-douleur, alors que Chip a Martha (sensationnelle Martha Kelly). Agent d'assurance à la voix de craisselle, accompagnatrice docile de road-trips fumeux, Martha est la femme que Chip pourrait avoir, mais qu'il a décidé ne pas voir.

15-baskets-zach-g.w1200.h630

La saison se termine sur une révélation de Martha qui propulse Chip vers un ailleurs.

Baskets, c'est l'idéalisme triste du fastfood. On attend impatiemment la saison 2 de ce rêve américain, version paillettes et purin.