Par Sal Moriarty

Nous étions deux sur l'eau, les touristes avaient quitté le territoire, la mer nous appartenait à nouveau.

Une houle cyclonique est arrivée, le vent s'est éteint, la période s'est allongée et a dessiné de belles lignes à la surface de l'eau.

Le calme est là, la saison est finie, il est temps de dire au revoir.

Au revoir François-Xavier et Justine, vous aviez tout deux lu en février dernier dans vos magazines respectifs cet article intitulé : « Le Surf : le nouveau sport des stars ». On y voyait Johnny (Depp), Cameron, Lindsay, maitrisant l’océan, bravant les vagues.

L’article mettait en avant les bienfaits de ce sport, et vous glissait discrètement à l’oreille que si Cameron était toujours aussi jolie à quarante-cinq ans, c’était un peu grâce au surf.

Alors sans hésiter, vous aviez troqué votre ensemble The Kooples contre du sportswear multicolore, puis réservé votre deux pièces près de la mer. Sur les lieux, face à l’océan, le surf s’était avéré plus compliqué qu’il n’y paraissait, et la magie disparut peu à peu. Les vagues étaient fortes, hautes, et il était difficile de monter sur cette planche poussée par la mer.

Justine prit alors la décision de reprendre la bonne vieille tradition de la serviette de plage, moins dangereuse, qui permet d’observer à loisir pour mieux choisir.

Deux options s’étaient offertes à François-Xavier, qui lui n’avait pas l’intention de renoncer. La première était de prendre un cours de surf, mais en bon mâle, son ego l’a emporté, et il prit la deuxième option : acheter un Stand Up Paddle.

Le Stand Up Paddle, stable, gros, vous met debout sur l’eau. Pour être sûr d’être vu, le choix de la couleur de la planche se porta sur le orange fluo.

L’avantage d’être au-dessus de l’eau permet de ne pas être contraint de porter une combinaison, et pour FX, montrer ses muscles, c’est important.

Le problème, c’est que les surfeurs sont en général assez irritables l’été. La raison est simple : il n’y a pas de vagues, ou elles sont de petite taille et, vacances obligent, le territoire marin est surpeuplé. Les boardshorts vert fluo que FX avait achetés lui allaient à ravir, mais, hélas, il ne connaissait rien à la mer et aux règles de priorité. Les règles de priorité sont assez simples, le premier debout sur la vague la possède, et personne d’autre n’a le droit de monter dessus.

Il avait beau bander ses muscles travaillés en salle de musculation parisienne, ça ne trompait personne. Les « vrais » surfeurs le méprisaient, les « vraies » surfeuses le dénigraient. FX continuait à bander ses muscles du torse et des bras, c’est la seule chose qu’il put tristement bander cet été.

Pour Justine, qui pensait que sa beauté et sa sophistication de femme urbaine lui permettraient de rencontrer un fougueux surfeur et qu’elle savourerait des nuits blanches sur la plage, ce fut aussi une déception. Le surfeur est assez exigeant. Les surfeuses sont pour certaines… assez persuasives.

http://www.youtube.com/watch?v=pflxcqJCX8E

Un autre problème est que le surfeur ne fait que traverser la plage, il va dans l’eau, surfe, puis retourne à sa voiture se changer. Les rêves d’étreintes de Pam disparurent à la même vitesse que les jours de vacances se consumèrent.

Ce n’est peut-être pas Big Sur que j’ai en face de moi, et je suis sûrement pas Romain Gary ni Kerouac, mais je vous salue, jeunes surfeurs d’un été, et vous dis « à très vite » !