Coup de massue. L'Angleterre vient de lever ses deux doigts face à l'Europe. Pas ceux du Peace and Love, les autres.

Revirement tragique selon certains, miracle d'indépendance pour le camp du Leave, le départ des Brits de l'UE pue la révolte sociale.

En lame de fond, un euro-scepticisme historique. En surface, un ras-le bol du gouvernement de Cameron (feu Cameron). Entre les deux, la nausée du néolibéralisme et de la technocratie.

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Au réveil lourd de ce matin, quand les télés européennes s'allument et que les grands titres titubent, ça parle pognon. Money, money money. La City pleure. Il faut la consoler.

L'antenne, rivée aux tibias du Goliath boursier, paraphrase en boucle : vent de panique sur le marché financier. Apparemment, personne ne s'était préparé à ce "dévissement" de la bourse.

Le FMI a pourtant publié il y a moins d'une semaine une étude précise sur les risques financiers du Brexit, et le milliardaire Georges Soros, opportuniste visionnaire, a liquidé fin mai ses actions pour se gaver d'or.

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L'indice CAC40 clignote en rouge sur BFM et autre i-Télé : - 10 % pour Paris. Indices sectoriels, indices bancaires, indices économiques. Le citoyen européen n'a jamais été aussi financier.

Ce citoyen ne doit pas pleurer le retrait du peuple britannique, la culture Beatles, la langue shakespearienne parlée dans toute l'Europe, la jeunesse Erasmus et autres fadaises constitutives d'une identité européenne. Il le fera plus tard dans le temps des idées, quand les oisifs idéalistes partisans d'une Europe culturelle, sociale et écolo, auront le droit au chapitre.

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Non. Aujourd'hui, le citoyen européen s'inquiète pour la Société Générale et la Deutsch Banque.

Pauvre petite Société générale qui a perdu 17% en une heure !

Vite, pompiers, venez nous détourner du crack financier. Après tout, une baisse à deux chiffres, ça s'appelle bien un crack ? On a retenu la leçon, 2008 est tout frais dans nos mémoires (et encore 2008, c'était "que" -4 %) .

On connait tous l'air et les paroles de l'hymne à la réassurance du marché financier. On va l'entonner docilement, ensemble.

Les banques centrales vont passer une compresse sur le front de la bourse, promettre capitaux et liquidités. Les dirigeants, la Commission et le Parlement vont jouer le jeu des investisseurs.

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Et le marché décidera, dans les mois prochains, s'il pardonne ou non aux politiques communautaires. Ce timide petit poltron qui se retire au moindre soubresaut, qui détient les pleins pouvoirs sans assumer aucune responsabilité, va se retourner lascivement sur son flanc gauche, dans son lit altier, et menacer de punir sa soubrette l'Union Européenne.

Puis, comme un enfant capricieux, quand il aura bien englouti l'argent de la Bank of England et de la BCE, il ira gifler son naïf pourvoyeur en lui mettant une sale note.

La Grande Bretagne peut dire adieu à son précieux triple AAA. Bienvenue dans la cour des pestiférés du simple double. Vous verrez, c'est l'éclate, on se jette plein de titres rancis à la gueule !

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Pendant que le pouvoir immatériel boude, les politiciens préfère le chuintement sécuritaire à celui de l'intégration. Le chef de l'Etat français a invoqué les "frontières françaises" dans son discours à midi. Merkel, plus "sociale", a confié ses craintes sur l'Europe environnementale.

Dans les rues de l'Europe, la vraie, loin des écrans et des places financières, xénophobie, paupérisation et crise des réfugiés se partagent le pavé. Un beau mélange qui nous éloigne des rêves pieux de la SDN et qui fait le lit des extrêmismes.

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Si les "pauvres travailleurs" de la City longent les murs de leur tour de verre, hébétés comme des oies sevrées, le FN, lui, n'a pas la gueule de bois. Les représentants du parti frontiste se sont levés tôt ce matin et ont été les premiers à s'exprimer sur les ondes françaises. Ils ont le regard sobre des joggers qui préparent un marathon. Eux aussi vont réclamer la sortie de l'UE par les urnes : le bientôt célèbre "Frexit" aura aussi de quoi faire pétocher le marché pétochard.

Photo entête Cathal McNaughton pour Reuters