L'été s'étire, loin des caprices des villess, Je vide les cailloux de mes poches sur le sable landais Mes pointes blondissent sur les pages de John Fanté.
Je rêve que Benjamin Biolay, en peignoir pilou pastel, me sert du melon au porto dans de la porcelaine Je rêve de Catherine Deneuve ouvrant les volets de la chambre où Benjamin et moi sommes réfugiés, brassant le linge parfumé Près du Saule Pleureur, Ben me dit qu'il m'aime, à la manière de Delerm, je tends mes jambes vers le ciel Mon été bohème serait cérébral.
Je rêve d'une caravane mi-solex mi-cabane qui m'emporterait sur les routes texanes, au bras d'un tatoué nommé Doug Doug ne serait pas farceur - les kilomètres font taire les cœurs - Doug serait de pierre et de bravoure Quand Doug s'agenouillerait pour changer les enjoliveurs, je me tirerais la langue dans le rétroviseur Mon été sur la route serait caniculaire.
J'ouvre les volets de ma maison imaginaire Je les ouvre sans tension, parce que mon ostéo de mari m'applique chaque matin une crème au Pili Pili Ben a filé avec Julie Gayet et je révise mon tricot dans l'arrière pays Mon mari me conseille de redresser le dos, les enfants boivent du lait de coco Mon été en famille serait plaisant.
Je vois un terrain escarpé en Bretagne, des portes qui claquent, des cirés froissés Des laits chauds qui débordent, des cannes à pêche, des filets Je sens l'odeur du bois mouillé Mon été chez Sautet serait iodé.
Je m'endors sur le regret de Doug, prisonnier de la route Je lui écris des poèmes d'encouragement et d'insulte Il faut aller de l'avant dans les rêves, sinon les éditos sont mièvres.