Malheureusement, l’année dernière fut frappée par un certain nombre d’outrages à l’ordre public, chamboulant d’un seul homme les douceurs d’une paix citoyenne à l’occidentale, dont on croyait les frontières farouchement érigées. Bonne nouvelle, l’été 2016 s’en est remis au dieu du stade. Le seul et l’unique. Le tout-puissant de la catharsis internationale.

D'ici, du Champ de Mars à l’École Militaire, la fan zone de l’Euro a de quoi se pâmer. Police montée, barres de fer et barbelés. Pour y pénétrer, veuillez vous faire fouiller à l’entrée. Les jambes écartées au sol, je rends compte de mon innocence. S’il y va de la quiétude de ma communauté, je veux bien obtempérer. Deux petits pas de côté pour moi, de grands pas pour notre sécurité.

A Rio, dans les arènes du Maracaña, le public assiste en masse à la cérémonie d'ouverture des J.O, thématisée selon France 2 autour de « l’humain », « l’optimisme » et la « fête ». Faisant preuve de bonhommie télégénique, les nations paradent. Éminents délégués du pouvoir exécutif, les athlètes portent fièrement le fardeau du prestige et de la conquête.

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L’air est chaud. La foule, finalement, s’embrase. Relents nationalistes lâchés en pâture par des animaux, ce ne sont pas des herbes folles que l’on broute, mais un gazon vert luisant coupé à raz des pâquerettes. Vies simples et faciles, bercées à l’unisson à la faveur du patriotisme, ne vous y trompez pas. Les diversions n’ont de principe que de vous divertir.

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Mais quel pasteur sensé pourrait-il ainsi laisser s’égarer ses brebis ? Le « grand inquisiteur », comme dirait Karamazov. Celui qui les soulage d’une humanité qui leur incombe, soumettant à son jugement fébrile, l’allégresse factice d’une euphorie sous perfusion médiatico-sportive. Il faut bien consoler la misère du peuple. Et immuablement il fredonne, la mélodie douçâtre de son éternelle rengaine :

« Contentez-vous du spectacle que je vous offre, il éteindra le feu qui vous dévore ».

Aux prises avec ce milieu douillet où la familiarité et l’ennui ne font que taire davantage leurs tendances vindicatives et rebelles, ainsi dorlotées, elles ferment paisiblement les yeux.

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La flamme olympique brûle, l’insurrection s’étouffe. A la vue de ce brasier ardent, la foule manifeste son émoi au Grand Frère qui la comprend si bien :

« J’ai peur, dit-elle, protège-moi. Je suis abattue. Comble-moi des loisirs qui te plairont. Je ne veux pas te décevoir, dit-elle encore, dicte-moi une conduite et je déposerais humblement ma liberté à tes pieds. Je préfère vivre sous ton joug que mourir sur le bûcher des insoumis ».

Déçue, malgré sa dévotion, de n’avoir remporté les médailles d’une reconnaissance ostentatoire mais précieuses à ses yeux clos, elle dira enfin :

« Épargne-moi la pénible tâche de goûter à l’amertume. Nourris-moi de ce pain gras et sucré dont tu as le secret et qui fait ma joie d’enfant. Je ne saurais assez m’en rassasier. »

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Âme sensible, change de régime.

Bonus track :