Tu vieillis à vue d’œil.

T’as eu un flash au rayon électroménager, tu bavais devant un robot Moulinex qui te promettait rapidité et efficacité. Tu traînais en t’imaginant des besoins inutiles, noyée au milieu du rayon ustensiles de cuisine.

L’année dernière, tu as acheté ton premier aspirateur. Qui va bientôt expirer. Te voici propulsée dans le vicieux tourment de l’électroménager défectueux.

Quand commence-t-on à économiser pour acheter un frigo qui fait des glaçons ?

Tu voudrais passer des heures à cuisiner et boire dans des verres à pieds. Tu te rêves en vaillante femme d’intérieur, qui pourrait même nous refaire la plomberie en une après-midi.

Tu te fantasmes dans un tablier fleuri, en train de préparer à becqueter pour l’amant qui aurait choisi de rester.

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T’as huit recettes dans ton cahier. Que tu rateras sûrement, avant que la femme bafouée en toi n'arrache la page avec mécontentement.

Tu traînes dans les rayons des supermarchés, à la course-poursuite d’une crème de soja, méprisant les couples baguette-de-pain-bouteille-de-vin, t’autocongratulant pour mieux encaisser le délicieux mets que toute seule tu vas devoir avaler.

Toujours plus de meubles, pas assez de cadres, tu rêverais de vivre dans une boutique de luminaires.

T’es prête à craquer pour le moindre livre avec de belles images qui viendrait alimenter la bibliothèque immense dont tu as toujours rêvé. Tu vas devenir cinglée avec ta soif de mots et d’images couchées sur le papier.

Tu gardes pour plus tard. Le gène de la maladie de tout jeter ne t’as malheureusement pas été transmis à ta naissance, à la grande tristesse de tes parents dont la maison conserve, intacte, ta chambre d’enfant.

T’es prête à trouver de quoi partager, des épaules un peu brutes sur lesquelles tu pourrais enfin explorer le monde d’un étage plus élevé mais tu te complais trop dans ta solitude, terrorisée à l’idée qu’un vigoureux vienne, de ses gros bras, décrocher les portraits de la mystérieuse Frida que tu as soigneusement éparpillés dans ton timide vingt-trois mètres carrés.

A mille années de décrocher l’insaisissable contrat à durée illimitée, tu crois tout bonnement qu’un de ces banquistes de banquiers, dans son costume à quatre épingles tiré, va parapher avec enthousiasme de quoi acquérir une grande maison aux pierres dorées.

Ta nouvelle passion c’est les torchons, et les confitures. Tu finirais presque vieille fille, planquée entre tes plantes vertes et tes poissons rouges, troqués contre une douzaine de chats que tu ne saurais apprivoiser.

Chaque objet t’est précieux. Tu ne peux pas abandonner, tu ne sais pas te débarrasser. Tu gardes pensant que les bibelots conservent le souvenir intact.

Tu t'attaches à ces choses que tu ne regardes plus, t'avouant à demi mot que rien n’a plus de vie qu'au fond d’un carton.

C’est dommage pour toi, car il est septembre.

C’est le moment de tout changer, c’est le moment de déménager.