Fringant quinqua, le 11ème album des Beach Boys sorti en 1966 n'en finit plus d'accumuler les hommages et la reconnaissance de ses contemporains. À l'époque déjà, l'œuvre de Brian Wilson avait autant fasciné qu'il avait laissé perplexe tout un parterre de fans du groupe qui attendaient de la formation rien d'autre que sa sempiternelle trilogie : Beach, Cars and Women. Car leur leader avait quelque peu changé la donne en incluant dans ladite équation, des plages parfois pluvieuses, des femmes aux amours contrariées et des voitures aux coffres remplis de questions un tantinet plus profondes que le choix cornélien entre un surf ou une longboard.

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Revisitons chanson par chanson cet indispensable objet des sixties agrémenté de quelques anecdotes croustillantes et reprises savamment orchestrées par la crème des contemporains de ces rayonnants garçons de plages.

Wouldn't It Be Nice : cette chanson qui parle du désarroi d'un couple déplorant de ne pouvoir se marier du fait de leur trop jeune âge symbolise d'entrée de jeu les sujets plus graves traités sur cette album. Union impossible qui scelle par ailleurs la désunion entre Brian Wilson et Mike Love, l'autre leader du groupe qui désirait rester sur la légèreté. Ce dernier refusa d'ailleurs dans un premier temps d'être crédité sur la chanson avant de se rétracter quelques années après devant le succès tardif du titre (avec un beau petit procès de "son of a beach" à la clef).

Reprise de Saint Étienne (le groupe pas l'équipe de foot) :

You Still Believe In Me : un clavecin fut utilisé à l'enregistrement remettant au goût du jour cet instrument et posant une belle brique fondatrice de ce qu'on appellera plus tard la pop baroque. À noter également l'emploi d'une corne de bicyclette. M. Ward Le Him du groupe She and Him nous livre ici une belle version instrumentale sans la corne de vélo mais avec la corne sur les doigts du bon folkeux amateur de guitares rêches et sèches.

That's Not Me : C'est pas lui et pourtant cette chanson est bel et bien centrée sur le Brian Wilson introspectif et curieux de tester de nouveaux horizons psychotropiques. Un délice de rock psychédélique que martyrise admirablement les texans d'Holy Wave en y ajoutant une touche Mariachi propre au quatuor d'El Paso.

Don't Talk (Put Your Head On My Shoulder) : En dépit de son titre prompt à faire frémir de plaisir la moustache naissante d'un scout pré-pubère, Don't Talk est une bonne chanson et possède la particularité d'être une des rares que Brian Wilson interprète seul. Ce qui donne un peu moins de trois minutes en tête à tête ou plutôt en bouche à oreille avec la formidable voix presque infantile de Brian Wilson. Également affranchi de son groupe The Reign of Kindo, le batteur Steven Pavin délaisse ses fûts pour cet acoustique moment de grâce.

I'm Waiting For The Day : Peut-être la plus pêchue de l'album, Wilson a avoué après coup avoir détesté sa voix sur cette chanson, mais que devant l'enthousiasme ambiant provoqué par l'optimisme du titre, il n'avait osé piper mot sur le moment. Une petite pépite pour Peanut (gare aux postillons si vous lisez à voix haute) qui reprendra la chanson à peine un an plus tard de manière exagérément trop joviale pour être honnête.

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Let's Go Away For Awhile : C'est l'instrumentale préférée de Brian Wilson dans l'œuvre des Beach Boys et la deuxième derrière Pet Sounds pour tout le reste de la planète. Le titre entier devait être à la base Let's Go Away for Awhile (And Then We'll Have World Peace) ce qui n'aurait pas manqué une fois de plus de faire se pâmer la patrouille des castors et leur chef Lézard Ménagé (blague). Les Japonais Pizzicato 5 se chargent ici d'apporter une touche solaire parfaitement adaptée à nos ascenseurs sombres et défraichis.

Sloop John B : Curieusement, ce titre sonnant 100% Beach Boys est en fait une chanson traditionnelle bahamienne popularisée dans les années 20 aux États-Unis sous le nom The John B Sails. Énorme succès, il fut notamment numéro 1 en Avril 66 en Suisse, Allemagne, Suède, Autriche et Norvège. Pendant ce temps au 15 avril en France, Mireille Mathieu squattait les hauts des charts avec Mon Credo... énorme soupir rétrospectif. Johnny Cash, en 1959, ouvrait la voie pour un succès plus confidentiel mais tout aussi rafraichissant.

God Only Knows : le chef-d'œuvre absolu pour beaucoup (Pitchfork la classa numéro 1 des singles des années 60), il n'était pourtant à la base que la face B de Wouldn't It Be Nice. Paul McCartney affirma avoir passé le titre en boucle lorsque les Beatles travaillaient sur Sergent Pepper et qu'il avait fortement influencé l'album. Par ailleurs, Bono de U2 déclara que cette chanson est la preuve de l'existence des anges (Bono est un peu con). Une légende pour reprendre la légende en la personne de Bowie pour un God Only Knows version 1984 où même le saxophone débectant n'arrive pas à pervertir cette beauté intemporelle. Le saxophone eighties c'est comme les poux et les lentes ça reste salement dans la tête.

I Know There's An Answer : cette chanson était initialement baptisée Hang On To Your Ego mais Mike Love, qui, vous l'aurez compris, était le relou de la bande, la trouvait trop connotée psychotrope (l'Ego est le symbole de l'ouverture d'esprit que l'on acquiert après absorption de LSD). Ils changèrent donc le refrain et quelques paroles en I Know There's An Answer mais enregistrèrent tout de même les deux versions. Des deux versions donc, l'expurgée sera reprise par Sonic Youth dans une tournure très velvetienne.

La seconde par un Frank Black post Pixies en pleine crise Surf Music avec en prime un clip fleurant bon le diéthylamide de l'acide lysergique.

Here Today : auteur, compositeur de la chanson, Wilson se désintéressa vite de ce titre et c'est donc tout naturellement qu'il la proposa à Mike "pénible" Love qui chafouinait de ne pas avoir une rengaine pour lui tout seul dans l'album. Ce fut donc Mike "voix de canard" Love qui s'y colla, Wilson ne l'interprétant que bien plus tard en concert (et mille fois mieux). Peu de reprises de Here Today. En voici tout de même une intéressante, ne serait-ce que pour la belle voix féminine de ce groupe du New Jersey nommé The One And Nines.

I Just Wasn't Made for These Times : on distingue deux particularités musicales dans cette composition. La première est la présence dans la fin de la chanson d'un electro-theremin, instrument aussi rare qu'il est éprouvant à écouter seul et qui sera beaucoup utilisé par la suite dans la musique expérimentale.

image007 La seconde, plus notable, est l'extrême discrétion des percussions et de la basse, ce qui, dans une époque où le tempo et le rythme d'une chanson étaient capitaux voire obligatoires, tient du génie et préfigure ainsi les tendances ambient et new-age des années 70. Au fait, cette chanson aborde la dépression et The Servants l'avait parfaitement compris avec cette reprise toute en joie de vivre refoulée. Vraisemblablement, ni les lames de rasoir ni les accordeurs de guitare étaient fournis le jour de l'enregistrement.

Pet Sounds : Initialement Wilson avait nommé cet instrumental Run James Run car il pensait la proposer pour un James Bond. Les producteurs de l'époque voyant mal l'agent 007 courir arme à la main sur un rythme latin à tendance caribéenne, le morceau fut refusé et rebasculé dans l'album. Dommage, sur cette musique, on aurait bien vu Sean Connery marcher dans les rues de Tokyo pour aller à la rencontre de son contact dans un combat de sumo (On ne vit que deux fois, 1967). Architecture In Helsinki qui, comme leur nom l'indique, sont australiens, sont en dépit de leur handicap patronymique, de fieffés bons musiciens.

Caroline No : Initialement Carol I Know, le titre fut changé car tout le monde entendait "Caroline No". Pour beaucoup, cette chanson qui clôt l'album est le début de l'émancipation artistique de Wilson et de son progressif retrait de l'entité Beach Boys. Pour preuve, aucun autre Beach Boy (et surtout pas Mike "Judas" Love) ne collaborera à l'enregistrement. They Might Be Giants, de Brooklyn possèdent en la personne de John Flansburgh leur chanteur, le sosie de voix de Brian Wilson qu'ils se sont appliqués à sous-utiliser préférant œuvrer dans la lucrative bande-son de jeux vidéo plutôt que dans des albums valables.

Ci-après la playlist avec en prime un inédit de l'album, l'instrumental Trombone Dixie reprise par les Superimposers :

image009        Smily smiles à tous, Good Vibrations à chacun et Fuck (Mike) Love