Dans son premier travail documentaire intitulé Le repos des braves (présenté en octobre 2016 au Fifib), Guillaume Brac mêle, avec délicatesse, sociologie du cyclisme et poésie métaphysique.

Son sujet un peu râpeux de la traversée des Alpes par des amateurs de vélo, pose une loupe attendrie sur le trajet de la liberté.

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Le repos des braves s’appuie d'emblée sur une trouvaille scénaristique agile, un contre-pied narratif : le temps de l’exploit est envisagé par le temps du repos.

L’incipit s’ouvre donc sur le mois de juin, la fin de l'épopée, la jolie décompression. L’équipée de soixantenaires prend ses quartiers sur la Côte d’Azur, et s’accorde quelques pastis et baignades.

Ainsi présentés, les corps "d'athlètes" paraissent inadaptés au repos, menacent de tomber, manchots, sur des galets trop gros. Ils viennent pourtant de traverser une chaîne montagneuse ! Mais Brac ne cède pas au goût du prodigieux. Au contraire.

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Lui même passionné de cyclisme, il offre une contre-vision de ce sport, loin de la toute performance et de la légende du tour de France (qui officie néanmoins en voix off et via des extraits d’archives).

Jean-Marie, Gérard et Francis, amateurs de sensations fortes avec qui le réalisateur s’entretient, mêlent à leur reflexion sur le temps qui passe, le vieillisement et l’ennui, des conseils sur les meilleures crèmes contre l’irritation des fesses... Le trivial, par la magie du dérisoire, rejoint l’essentiel.

Cisaillées par un montage aux effets quasi-lyriques, les images d’un cyclisme existentialiste circulent entre peaux flétries, chaînes déraillées, dossarts et parasols. Elles viennent tendrement nourrir la boîte à souvenirs.

Pas de séquences d’échappées vigoureuses aux sommets, pas de passage de relais suant ou de sprint dévergondé. Les questionnements au sol prévalent, entre copains. Ils sont le contre-poids humain de la transcendance.

« Pédale, camarade, le vieux monde est derrière toi... Car petit à petit, il y a le réel qui te rattrape avec son cortège de souffrance, de malheur, de petites mesquineries et de vraies embrouilles... ». Extrait de 54×13, Jean-Bernard Pouy.