Par Duddy

Au cours de sa vie, un homme passe 3 ans aux toilettes. Cette statistique est intéressante, dans la mesure où elle met en exergue le soin que nous devrions tous attacher au confort de la dite pièce. Si on a joliment adjoint à ce lieu la proposition « d’aisance », c’est d’ailleurs pour nous rappeler que quand bien même nos appartements contigus sont décorés avec un goût tout damidesque (adj. Prônant l’association de murs couleur framboise, de stickers fantaisie, et d’encadrements de vues de Manhattan), l’homme moderne n’aura optimisé son intérieur qu’à la condition d’avoir donné à ses latrines le confort qui leur échoit.

pipi

Il semblerait que ce chiffre soit toutefois nettement sous-évalué, en raison de nouvelles pratiques adoptées par la gent masculine aux vatèreclozettes. Il convient de mentionner l’usage massif de smartphones pour expliquer cette révolution de cabinet.

L’argument misogyne consistant à caractériser la femme de « sexe faible », pour la simple raison que l’homme peut uriner debout et elle non, ne tient plus depuis que le premier s’accompagne de son iPhone pour aller vidanger. Maintenant, les garçons aussi font pipi assis. Il faut bien avouer que la position assise est bien plus appropriée pour celui qui veut disposer de sa main droite (ou gauche pas de jaloux), afin de poker-twitter-loler-textoter ou encore de passer le dernier niveau d’Angry Birds. Ce faisant, on a libéré l’oiseau en colère que tenait délicatement notre mimine, tourné le dos à la cuvette que notre Manneken-Pis tâchait d’éviter, pour y poser les fesses comme le fait Madame en toutes circonstances.

Doit-on se réjouir de ce phénomène nouveau ?

NON, pas au travail. Fléau pour les entreprises, la pause pipi assis vient s’ajouter aux distractions déjà fort nombreuses qui nuisent à la concentration du salarié : pause-café, lecture intempestive de mails personnels, pause(s) clope(s), ragotages dans les couloirs, et te c’est tes rats. L’argument « NON au travail », c’est l’argument qui plait à Carla : « Je vous pose la question, Madame Chabot, l’employeur peut-il accepter que le travail, valeur essentielle de notre République que moi, Nicolas Sarkozy, je veux remettre au centre du débat, soit occulté de la sorte sous prétexte que l’employé doit terminer la partie de FIFA qu’il a initiée après s’être enfermé au petit coin ? Que le travailleur soit harassé par son labeur, Madame Chabot, et qu’il ait besoin d’un court sommeil réparateur, je le conçois très bien. Et je vais vous faire une confidence, Madame Chabot, ma première mesure sera d’imposer aux entreprises de mettre en place des salles de sieste dans leurs bureaux, sur le modèle des powernaps existant chez nos amis américains. Mais qu’il prenne la malhonnête habitude de flouer son employeur, et ce plusieurs fois dans la journée, ça je ne saurai m’y résoudre, Madame Chabot. ». Carla B. likes this.

NON, comme précédemment mentionné, l’usage immodéré du cellulaire aux chiottes va très bientôt doubler le temps que l’on y passera. Nous n’y séjournerons donc plus trois, mais six années de notre vie. Soit un triennat de souvenirs perdus (qui va à la chasse (d’eau), perd sa place), d’aventures non vécues et qui auraient fait le bonheur de nos petits-enfants.

OUI au travail. Il est sain de savoir parfois s’extraire de l’agitation du monde professionnel. Où la sieste est encore très mal considérée malgré ses bienfaits avérés sur la réduction du stress et l’amélioration des performances. S’isoler pour un micro repos pipi le temps de visionner le dernier épisode du Palmashow confortablement assis sur le trône ne saurait donc vous être reproché par votre manager.

OUI et NON. Rien de mieux que se tenir sur ses deux pattes, position qui distingue l’homme de l’animal, pour changer l’eau des olives. Dans cette configuration, la tâche unique sur laquelle nous devrions nous concentrer après avoir franchi la porte des gogues suffit à procurer un soulagement qui surpasse de loin le divertissement assuré par la mise à jour d’un statut Facebook. Et puis, c’est un atout que Dame Nature a arbitrairement confié aux hommes que de pouvoir uriner debout.

Faire l’acte assis, c’est nous priver délibérément d’un peu de notre masculinité. Paradoxalement, le pipi assis n’est pas sans déplaire aux femmes. Déçues par le manque de précision de leurs compagnons, elles ne comptent plus le nombre de fois où elles ont dû les rappeler à l’ordre après que ces derniers se sont oubliés sur la cuvette et ont laissé l’endroit en état de porcherie. En faisant joujou assis sur le trône, finies les sorties de piste inconvenantes. Mesdames, réjouissez-vous : grâce aux smartphones, vos toilettes ont gagné en propreté ce que les hommes ont perdu en virilité.

Sur ce sujet ô combien épineux, il semblerait toutefois que les partisans du NON l’emportent d’un poil. Et si la solution, pour mettre tout le monde d’accord, était de remettre au goût du jour les toilettes à la turque, certes passées de mode mais ne permettant aucune concession ? Puis ce serait un geste fort de réconciliation envoyé au peuple turc avec lequel on est un peu fâché ces derniers temps. D’une paire deux couilles, en somme.

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