Mercutio raconte :

J'ai fini l'année entouré de garçons.

Des garçons crus qui boivent de la mirabelle dans des verres à saké. Des garçons à cheveux longs qui jactent dans un jargon de barman des années 80, qui disent comme ça « regarde-moi les deux gonzesses au bar, elles sont canards. Nan, mais tu trouves pas ? Qu'elles sont canards ! ». Des garçons qui fument des pétards à quarante ans passés, qui débitent des clichés et abordent avec franchise des sujets cul, tels que l'art (et surtout la manière) de « débaiser ».

Roméo précise :

Il y a trois moyens de débaiser. La Croix-Rousse m'en est témoin.

1° On laisse exprès un goût amer dans la bouche de la partenaire (qui n'osera ni vous rappeler ni évoquer le fiasco à quiconque).

2° On demande au meilleur ami de filer un coup de main : la deuxième baise, la baise traîtrise, annulera la première.

3° On maîtrise l'argumentation. Par des mots simples et efficaces, on parviendra à convaincre la personne concernée que rien n'est arrivé. Nous n'avons jamais couché ensemble. Jamais. Répète après moi.

La question des motifs interpelle. Pourquoi la débaise ? Montaigu répond : en ce moment, je ne peux pas me permettre d'avoir autre chose que du Capulet dans mon carnet d'adresse.

Et Mercutio d'enchainer :

Un peu de lyrisme, que diable ! 2015, je te finirai en beauté, en paillettes, en pédés, en sauvage sucré ! Et le voilà parti, la barbe dorée, le torse noir, la guirlande électrifiée, dans le grand bazar de la nouvelle année.

Le futur recule à chaque réveillon.

Le futur s'écarte, se pousse en coin, va voir ailleurs s'il y est.

Le futur est malin. Pas lui qui se fera choper.

Prendre ou être pris, telle est la question.

Montaigu criait « prends-moi ».

Sa mignonne ne savait que répondre.

Heureuse solitaire

sur son balcon.

Vivement Pâques.

Souffler sur les tisons.

Camoufler la cendre sous le tapis.

(Car oui, la mignonne a, elle aussi, des amants à oublier).

Mercutio raconte :

J'ai commencé l'année entouré de créatures divines.

Le futur n'est pas genré.

Le sexe a un futur si on le laisse en liberté.

Et Roméo et Juliette, pupilles dilatées, d'acquiescer.

Illustration Extrait du film Zitto quando parli