Ton rire est gras.

Ton rire sent le beurre persillé. Tu as gâché mon été avec ton gloussement de coq sous cocaïne : tu as ri quarante fois de 13 à 22 heures. Calcule. Ça fait une moyenne d'un éclatement de gosier toutes les dix minutes. Excessif. Non ? Pendant que je me concentre sur mon futur roman. Comment veux-tu que je me concentre ? J'ai imaginé t'ébouillanter. Te balancer de la chaux vive, de la pisse de mouffette, des clous, du goudron sans les plumes, des chatons vivants, de la super glu, une enclume, des noyaux d'olives, du dégueulis d'enfant, du café foutu, de la merde d'éléphant.

Du haut de mon cinquième étage, j'ai imaginé ta mort. Et je pèse mes mots. Comme tu pèses ton oseille en recommandant un petit blanc. Tous les jeudis, tu as bu du blanc en terrasse avec tes amis. Vous avez ri. Pendant que d'autres tentaient de se concentrer.

C'est la faute à Céline. Céline a vendu sa peau au diable. Sa voix à Malboro, ses cheveux à l'Oréal. Céline est une caricature. Je ne lui jette ni la pierre, ni rien du tout à elle. Je l'imagine en chier dans sa jeunesse, en chier avec les hommes, en chier pour acheter son restaurant. Elle a du être fière quand elle a installé sa devanture : Chez Céline. C'est chez moi, bande de nazes. Respect. Respectez-moi. Qui est venu chez toi, Céline ? Les mêmes que tu avais connus. En pire. En plus friqués. En plus épais. En plus persillés. Ceux-là ne se cachent pas pour boire. Ceux-là se saoulent fièrement au Chardonnay. Parfois même au champagne, bordel on n'a qu'une vie. Ils n'ont pas honte deux secondes. De quoi on aurait honte ? On a réussi. La réussite totale. Tellement totale, regarde : on a un après-midi entier par semaine de beuverie offerte par le patron. C'est qui le patron ? Who's your daddy ? C'est nous mouah ah ah ah ah ah ah (rire huileux).

Taking off

Ma petite Céline, tu t'es foutue dans la merde. Est-ce une raison pour en faire profiter tout le quartier ? Ne peux-tu pas enfermer tes chiens fous ? Les mettre à l'ombre, dans ta jolie salle insonorisée ? Les museler, empêcher leurs gueules de s'ouvrir sur de béantes absurdités ?

J'aimerais pouvoir me CONCENTRER.

Vous avez choisi de vous amasser en bas de ma piaule. Regroupement de gebours au pied de mon immeuble. Pour rentrer chez moi, je traverse le poulailler. Je tape le code en me bouchant le nez. Je serre la mâchoire, les fesses que tu mates en te curant les dents. Il te reste un peu de caviar sur la canine. Connard.

Non.

Je veux pas être vulgaire. Je vous laisse ce privilège. Celui-là et tous les autres. Je ne vous envie pas. Je retire mon « connard ». Je me retire. Je vous laisse la rue Cuvier. Vous êtes dans la place. Tellement dans la place. Beaucoup trop dans la place. Ciao les winners. Je vais sonder d'autres hauteurs. Voir si là-bas, ça rit autant. Vous m'avez saoulée. Je vous foutrai dans mon roman et je ne vous raterai pas. Chaux vive sur le dessus de vos crânes. Ah ah (rire sec). Bye bye postiche.