Artiste : Leif Vollebekk Album : Twin Solitude Label : Secret City Records 51 Minutes

L'hiver s'étirant comme le nez d'un candidat à l'élection présidentielle, l'acclimatation au froid nous pousse à regarder vers des contrées lointaines, des territoires glacés pour lesquels nos vaguelettes de froid françaises apparaissent comme de vulgaires flatulences de Mr Freeze. Quant au loin surgit du blizzard un être gracile, ses multiples instruments en bandoulière avec une voix feutrée et chaude comme une doudoune en plume de caribou.

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Leif Vollebekk (comme ça se prononce) est canadien, natif de la ville d'Ottawa, expatrié à Montréal et sort en 2017 son troisième album Twin Solitude, véritable petit bijou d'esquimau folk au chocolat soul. Au vu des deux premières livraisons du canadien, admirables mais trop révérencieuses (Ryan Adams, Bob Dylan) et de fait, fatalement enfouies sous l'avalanche des trop nombreuses sorties folks, force est de constater que Leif s'est mis la pression (blague du siècle) quant à la construction de ses dix dernières compositions. Compositions enjolivées, d'abord grâce à une plus sûre maîtrise de sa voix, de ses instruments (ça s'appelle la bouteille mon p'tit pote), mais surtout par une ouverture plus "planétaire" de sa vision musicale certainement liée avec ses tournées de par le monde. Ainsi mes amis, Vollebekk (comme ça s'écrit) n'a certainement pas pondu une world-music insipide mais plutôt une folk bien ancrée sur son pied de micro mais regardant vers de nouveaux horizons.

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"Vancouver Time" met le couvert à l'heure pour un amuse-bouche tout en délicatesse et nostalgie qui titille les papilles d'un auditeur affamé. "Elegy" vient en entrée, Vollebeck dynamisant agréablement sa voix pour flirter avec une soul pas soûlante pour un sou, un hors-d'œuvre consistant, pas de la soupe en somme. "Michigan" fait la nique à toutes les idoles, un plat de résistance à tous les standards dylaniens et springsteeniens, de ces mets/morceaux d'une noblesse inespérée qui restent perchés dans la tête longtemps après la première bouchée, une grâce pas grasse qui donne envie de rab(sodie). "East Of Eden" taille la route à la James Dean pour un dessert un tantinet exotique, une mignardise anglo-saxonne sauce Nick Drake, assurément une des crèmes de l'album, renversante de sincérité. "Rest" enfin ou en fin gourmet, Leif nous gratifie d'une petite sieste digestive, les yeux mi-clos sur les huit minutes vingt-huit clôturant ce menu gastrometronomique. Ajoutez à cela des gâte-sauces compétents (Oliver Fairfield de Timber Timbre à la batterie par exemple) et un artwork aux petits oignons et vous obtenez assurément et contre toute attente, une des galettes de l'année. Deux cafés et l'addition patron.

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Allez un petit Cognac avec le clip d'Elegy, promenade digestive ondoyante.

Et pour ne pas partir sur une jambe comme on dit au PMU, un Armagnac avec une session au Paste Studios de New York de All Night Sedans. Santé.