Il faut dire que je n’ai pas écrit depuis longtemps. J’étais occupée à faire des nœuds aux lacets des gens qui passaient. J’avais peur qu’un trottoir ne les emporte et qu’après, je n’entende plus parler d’eux.

C’est qu’un jour Beckett est venu se glisser dans mes chaussettes. Fini le temps des étangs, des nuits blanches aux cimes des pins, fini les cavalcades de gamins.

Le ciel m’est tombé des mains et mes parents s’en sont allés. Apparemment, ils avaient des choses à régler. Alors, avec quelques unes, on s’est fait la courte échelle.

La grande s’usait dans ses départs, les petites n’ont jamais démarré. Mais chacune est tombé ou a vu tomber. Et le temps des câlins est devenu parfum.

La mine ragaillardie par la pluie, je me suis accrochée à un blond. Peu importe son nom, il avait des mains de géant. On aurait pu faire des bonds sans ses pieds de plomb. Je lui tournais autour comme pour le prévenir, le ciel est tombé, le ciel est tombé ! Lui, ne voyait que ma peau et sa ligne de vie.

Quand le ciel te tombe des mains, tu perds un peu la tête. Tu te rapproches de ceux qui savent. Et figure-toi, qu’ils ne savent plus. Tu te rapproches de celui qui te connaît. Et figure-toi, qu’il est pressé. Pas le temps de faire ton lacet.

Il faut dire que je n’ai plus eu envie de raturer. Les mochetés se conservent, sinon elles éclaboussent. Et qui voudrait, dans sa poche, d’une main tâchée ?

Liqueur étiolée qu’il me plairait de regoûter… Sur une place, comme ça, un verre éventé. Finalement, c’est cela qui compte, bien se croiser.

Quand je repense aux nuits blanches, aux fous qui les peuplaient, quand je repense aux absents des soirs sur les quais, mon cœur en apnée voit trouble. Ai-je manqué des soupirs ? Avons-nous raccommodé ?

Les pieds emmêlés sont cachés des hauteurs, et celui qui s’attarde peut observer leur peur.